Chronique festivalière, jour 6 – Fast and Furious 6

fast and furious 6Compétition Officielle

Fast and Furious 6 /Un film de Justin Lin avec Vin Diesel, Dwayne Johnson, Paul Walker… Durée : 2h10. Sorti en 2013.

Mardi 21 mai. Avant-première locale de Fast and Furious 6. Le blockbuster fait salle comble. Deux heures durant, le public jubile face aux énormes morceaux d’action que comporte le -très- long-métrage. Il rit aussi à gorge déployée aux multiples boutades qui sortent de la bouche des personnages. Les spectateurs ne sont plus seulement des hommes. Désormais, les femmes aussi attendent avec ferveur le Fast and Furious annuel. L’engouement est tel que l’on se croirait à la projection d’un Indiana Jones…

Et pourtant… J’ai honte. Que suis-je venu faire dans cette galère ? Eh bien, je suis venu voir la suite de Fast Five, film maladroit mais honnête et généreux qui relevait clairement le niveau d’une saga jusque là d’une stupidité alarmante. Dans Fast Five, Justin Lin mettait un peu de côté le tunning et les bimbos pour se consacrer avec joie à l’élaboration d’un film de casse simple et pourtant parsemé de scènes d’action tonitruantes (bon, c’était pas Terminator 2 non plus, hein…). Dans Fast and Furious 6, il oublie l’essentiel des qualités de son précédent long-métrage et replonge dans la bêtise crasse des opus passés…

Le public en redemande ? Et alors ?! Il n’empêche que le spectacle est cette fois-ci consternant !

Pour Universal, Fast and Furious est une malle en or. Cinq opus, tous des cartons au box-office, ont permis au studio d’en faire sa licence phare. Désormais, tout nouvel épisode qui sort est devenu incontournable et même la presse valide ce qui est, dans le meilleur des cas, considéré comme une déclaration d’amour aux films du samedi soir de jadis.

Rien pourtant dans la recette Fast and Furious ne résulte d’autre chose que de savants calculs. Grosses cylindrées, nanas anorexiques, bandits au grand cœur, stars du cinéma d’action, apologie de la famille et de l’amour fraternel en font le produit de consommation beauf par excellence.

Dans le registre, Fast and Furious 6 est à l’avenant. Rien ne dépasse, même la violence transpire la propreté, et tout le monde est censé y trouver son compte (on vous l’a dit : même les geeks s’y mettent !). Tout le monde, vraiment ? Le cinéma n’est-il voué qu’à exécuter une simple recette reproductible à l’infini ? On ne nous y prendra pas, Fast and Furious 6 n’est qu’un vulgaire outil destiné à abrutir les masses !

Il y a cela dit deux-trois belles idées dans le film (surement toutes dues à un Justin Lin qui tente de-ci de-là de retrouver l’ambition de son opus précédent, tout empêtré sous les impératifs commerciaux qu’il est), comme celle de suivre plusieurs petits groupes de personnages pour ensuite résoudre toutes leurs intrigues dans une seule et même séquence d’action gigantesque en guise de conclusion… Mais l’exécution n’est jamais à la hauteur et l’on peine finalement à s’intéresser à toutes ces destinées représentées jusque là bien trop platement.

L’objectif du film est de vous laisser groggy dans votre fauteuil et de vous priver de toutes vos facultés intellectuelles. Quatre ou cinq grosses séquences d’action sont ainsi entourées de longs tunnels dialogués qui n’essayent même pas de rattacher les scènes bourrines les unes aux autres. La recette est tellement apparente qu’elle est d’un cynisme consternant. A une course-poursuite vient perpétuellement succéder une réunion de personnages qui n’a pas pour objectif de faire avancer le récit, mais plutôt de vous détourner de celui-ci avec deux-trois vannes bien senties.

Conscients de la vacuité de leur scénario, les cinéastes brodent en nous balançant quelques électrochocs inoffensifs. Les retournements de situation sont certes imprévisibles, mais l’on se rend vite compte que savoir qu’untel a trompé untel n’a strictement aucun intérêt puisque l’on ne s’était auparavant nullement attaché aux protagonistes concernés.

Lin cherche tout au long du film ces petits effets inoffensifs qui n’ont pour finalité que de réveiller un primitivisme de fanboy. On touche le fond avec la séquence post-générique (attention spoiler)… Un personnage récurrent y est tué sans que cela n’affecte le spectateur, l’attention de celui-ci étant plutôt portée sur l’identité de l’assassin, interprété par nul autre que l’icone du cinéma d’action Jason Statham. Dans la salle, c’est les applaudissements. « Woaw, Jason Statham, trop fort !!! » Ouais, et le perso qui vient de crever ? Who cares ? Ce n’était qu’un petit soldat de plomb parmi tant d’autres. Un petit soldat ou un simple pion qui témoigne de l’irrespect total du studio envers ses spectateurs.

Dans Fast and Furious 6, il est ainsi plus important de faire la promo pour Fast and Furious 7  que de pleurer un personnage décédé (fin du spoiler). Décidément, le scénario de ce sixième volet joue autant la carte de l’inconséquence qu’un épisode des Feux de l’Amour, dont il est assurément le pendant couillu (mais pas trop non plus).

Aussi inconséquent et ennuyeux que son confrère Expendables 2 (qui aurait bien eu sa place dans ce Festival du Film de Merde), Fast and Furious 6 cumule les bonnes idées inexploitées, à tel point qu’on pourrait croire qu’ils le font exprès !

Quand Vin Diesel lit le passé de Michelle Rodriguez dans ses cicatrices, quand les muscles sont bandés, quand Hulk et Captain America sont cités ou quand on cherche une réponse dans le regard d’un autre, Lin ambitionne de raconter son récit plus avec les corps qu’avec les dialogues. Malheureusement, c’est encore une fois peine perdue, tant les impératifs commerciaux lui imposent de longs échanges verbeux dont il n’a à l’évidence que faire (et pourtant il les filmes, contrairement à d’autres réalisateurs qui auraient envoyé le studio bouler).

Il n’y a rien à y faire, Fast and Furious est par essence une publicité géante (il faut voir les plans à l’esthétique terriblement télévisuelle sur les bimbos qui se déhanchent) dont le marketing imposant a réussi à convaincre les spectateurs de tout âge.

L’aveuglement du public est d’autant plus troublant que le film est idéologiquement abject. L’entreprise de lobotomisation des masses est en effet tellement concluante que les filles ne se posent même plus de questions lorsqu’elles voient la copine de Vin Diesel ne pas broncher une seconde en apprenant qu’il l’a remplacée par une autre. Dans quel monde vit-on ? Et aucun des amis de notre « héros » ne vient ne serait-ce qu’avancer l’hypothèse que la situation est anormale. Après sa passion pour les anorexiques et les gros plans sur les culs des bimbos, Fast and Furious avance donc encore un peu plus vers un idéal machiste et sexiste.

Dans ce sixième opus, les femmes sont soit des objets de désir sexuel, soit des mères de famille… Et si elles n’entrent pas totalement dans ce schéma ? Elles crèvent ! Ou pire, elles décident en fin de compte de devenir l’une de ces poupées serviles… Sérieusement, ça ne dérange aucune de nos chères spectatrices ? C’est grave. Révoltez-vous, nom d’une pipe, mesdemoiselles !

Si on ajoute à cela un mcguffin de DTV d’Europe de l’Est, un méchant bien fade entouré d’une équipe tellement peu exploitée qu’on ne cesse de regretter les grandes heures du cinéma d’action (McTiernan, le premier Die Hard… Tout ça, tout ça… Mais on en est bien loin… Et apparemment tout le monde s’en fout…), ainsi qu’une bande originale tonitruante qui vient nous bousiller les tympans dès qu’un poing est levé, Fast and Furious 6 a tous les atouts du bon gros navet estival.

Débile, mais même pas jouissif. Faussement complexe, mais surtout très chiant.

Que la mascarade s’arrête ici ! Cette succession de poncifs et d’abjections en tout genre ne pourra satisfaire que les plus dociles d’entre nous ! Le cinéma du samedi soir qui nous manque tellement et que beaucoup voient ici ne nous prenait pas pour des buses, lui ! D’ailleurs, à l’heure qu’il est, il doit être en train de se retourner dans sa tombe, le pauvre.

LE PETIT PLUS DU « FILM DE MERDE » :

Quoiqu’il fasse, on kiffe toujours autant Dwayne Johnson ! Un véritable monstre de charisme. Quant à Vin Diesel, eh bien, vivement le nouveau Riddick !

A Propos de l'Auteur

FreedentWhite a publié 154 articles sur ce site.

Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


Chronique festivalière, jour 5 – Le Jour et la Nuit

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