Chronique festivalière, jour 4 – Les Misérables

les misérables

Compétition Officielle

Les Misérables / Un film de Tom Hooper avec Hugh Jackman, Russell Crowe, Anne Hathaway… Durée : 2h38. Sorti en 2013.

Déjà lorsque Le Discours d’un Roi avait remporté l’Oscar du Meilleur Film, on sentait que l’académisme l’avait emporté sur le génie de films comme Black Swan, Toy Story 3 ou The Social Network (à qui le trophée aurait dû revenir selon les pronostics). En 2011,  le cinéaste Tom Hooper était donc déjà surestimé, et le voir à nouveau nommé aux Oscars, aux Golden Globes et aux autres grandes cérémonies pour son adaptation de la comédie musicale Les Misérables de Claude-Michel Schönberg (elle-même bien évidemment tirée de l’incontournable ouvrage de Victor Hugo), à de quoi désespérer les plus cinéphiles d’entre nous.

Parce qu’un cinéaste a déjà remporté un Oscar, il est immédiatement reconduit dans la compétition avec son long-métrage suivant ? Parce qu’un gros film américain est tiré d’un livre mondialement reconnu et aborde un événement historique tel que la Révolution Française, il est forcément un chef-d’oeuvre ? Contrairement à la presse européenne, plus mitigée, la presse américaine a majoritairement encensé ces Misérables (« Les Miz », comme ils disent). Pourtant, difficile d’y voir autre chose qu’une manière détournée d’acclamer le chef-d’oeuvre de Victor Hugo plutôt que ce film à la qualité pour le moins douteuse. Parce que le film s’appelle Les Misérables, il a donc eu droit aux plus grands honneurs.

Mais plutôt que de commenter plus longtemps l’opinion des autres, attaquons-nous à l’oeuvre elle-même. Tom Hooper y fait se succéder mouvements de caméra alambiqués et longs plans-séquences qui se concentrent sur le visage des comédiens. Un choix malencontreux puisque d’un côté le cinéaste applique l’esthétique virevoltante et hachée du cinéma de Tsui Hark à un univers qui n’en demandait pas tant, et d’un autre il cadre de trop près les comédiens, ce qui accentue l’aspect télévisuel de la chose et empêche toute envolée lyrique. Autrement dit, on aurait aimé voir les voix contaminer l’espace dans de beaux travellings et de grands panoramiques, mais Tom Hooper s’interdit -à de rares exceptions près sur la fin du film- toutes ces grandes règles du cinéma musical classique, et cela au profit de la performance de ses comédiens… Car on ne pourra pas lui reprocher de ne pas assez regarder et aimer ses interprètes.

Hugh Jackman, Anne Hathaway, Russell Crowe, Sacha Baron Cohen, Helena Bonham Carter, Amanda Seyfried… Voilà en effet un beau casting qui aurait tout à fait pu faire honneur aux chansons de la comédie musicale ici adaptée. Sauf que tous sont là pour remporter un Oscar et que les voir surjouer le moindre mouvement à de quoi, au mieux, provoquer un immense fou rire (Russell Crowe qui ne sait absolument pas chanter mais se donne quand même à 40o%), ou au pire, irriter sérieusement (Hugh Jackman qui sait chanter mais qui crache son texte comme si sa vie en dépendait). De son côté, Anne Hathaway a remporté l’Oscar pour s’être fait tondre les cheveux face caméra, et Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter chantent en mode Sweeney Todd dans des séquences tellement surdécoupées qu’elles en deviennent absolument illisibles. « Du grand cinéma classique », nous dit-on ? Attendez de voir la scène du suicide de Javert, digne de la mort de Sharon Stone dans Catwoman, avec -petit supplément nanardesque des plus jubilatoires- plus de cinq plans pour montrer sa chute et un bruitage de cartoon quand il s’écrase. On a vu mieux.

Mais ne soyons pas trop médisants, car Les Misérables a quelques beaux moments (les scènes de Cosette et surtout celles de la charmante Eponine, malheureusement vite évacuée) et bénéficie d’un travail photographique du plus bel effet. Pour le reste, on reprochera principalement des problèmes d’ordre structurels. Ainsi, Hooper fait l’erreur que Burton n’avait pas fait sur Sweeney Todd (son modèle, apparemment) puisqu’il ne juge jamais bon de faire des coupes et n’adapte jamais la structure de la comédie musicale pour le format cinématographique, ce qui provoque comme vous vous en doutez de gros coups de mou.

Les Misérables est un film tantôt hilarant, tantôt ennuyeux… et donc presque toujours à côté de la plaque. Bien dommage, car Tom Hopper disposait de toutes les ressources nécessaires pour nous offrir une comédie musicale épique dans la grande tradition. Un ratage d’autant plus regrettable qu’il s’accompagne d’un immense et incompréhensible enthousiasme de la part de certains journalistes.

LE PETIT PLUS DU « FILM DE MERDE » :

On suggère à Hopper de nous revenir avec un sujet moins ambitieux qu’il saura mener à bien -mais sans génie- comme son plutôt sympathique mais pas mémorable Le Discours d’un Roi.

 

A Propos de l'Auteur

FreedentWhite a publié 154 articles sur ce site.

Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


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