Chronique festivalière, Jour 3 – T’aime (de Patrick Sébastien)

taime

Compétition « Un Certain Relent »

T’aime / Un film de Patrick Sébastien avec Patrick Sébastien, Jean-François Balmer, Samuel Dupuy… Durée : 1h30. Sorti en 1999.

Disons le tout de suite : Oui, T’aime est à la hauteur. Le premier film du célèbre animateur Patrick Sébastien (qui n’est jusqu’à présent jamais repassé derrière la caméra), était attendu comme le messie dans la compétition « Un Certain Relent » de notre Festival International du Film de Merde.

Il faut dire que le pitch était alléchant. Jugez plutôt par vous-même : « Zef, vingt ans, est un simple d’esprit qui ne sait dire qu’un mot: « T’aime ». Toujours heureux, aimant tout le monde, il vit avec sa sœur Sophie dans une ferme du Lot. Attiré par le sourire triste de Marie, il la viole un soir sans se rendre compte de la gravité de son acte. Interné dans un asile psychiatrique, Zef tombe dans un profond mutisme. Hugues, médecin aux méthodes avant-gardistes, se charge de soigner Marie. Il décide de la mettre en face de Zef, persuadé que sa guérison passe par un long apprentissage de la vie et de l’amour. » (merci à Allociné)

Hughes, le médecin au grand cœur, n’est autre que notre ami Patrick Sébastien. Son personnage étant celui que l’on suivra tout particulièrement dans la deuxième moitié du film, on suppose que le spectateur est censé se ranger de son côté. Sauf que Hugues n’est absolument pas pour Sébastien un personnage de fiction, mais un moyen de se mettre lui-même en scène à l’écran. Dès que le présentateur du Plus Grand Cabaret du Monde apparait, c’est pour venir commenter son propre film. Ce qu’il n’est pas capable de raconter par l’image, Patrick Sébastien le développe à travers des monologues qui usent et abusent du verbe « aimer » conjugué à tous les temps.

T’aime est clairement un film du célèbre animateur de France 2, tant on retrouve dans le moindre des plans du film la philosophie de comptoir qui en a fait une personnalité toujours très proche du peuple. L’univers de son long-métrage est rural. On y rencontre les gentils freaks, joyeux poivrots et autres handicapés rêveurs qui constituent son monde fantasmé. Seulement voilà, le monde a oublié les braves gens, et désormais l’argent triomphe sur les sentiments. En réponse à tous les mots du monde, Patrick Sébastien prône alors l’amour. Comment lui en vouloir ? Dans le fond, sa naïveté n’est que bon sens. Mais voilà, l’animateur ne voit pas plus loin que le bout de son nez et le discours de son film équivaut à celui d’un enfant de six ans qui dirait : « la guerre c’est pas bien ».

Afin de ne pas trop se risquer à une structure dramatique aventureuse, Patrick Sébastien élabore son récit en exploitant des schémas éprouvés. Structure en trois étapes (élément déclencheur, enfermement, fuite), intrigue à la Roméo et Juliette, exploitation du mythe d’Eros et Thanatos… Non, décidément, le bougre veut bien faire, mais on lui reproche simplement sa vision simpliste et étriquée du monde, tant son personnage de médecin nous semble très vite être un psychopathe en puissance. « Humaniste de merde ! », lui reproche le père de la petite Marie à la fin du film. Le père, personnage humainement exécrable, a pourtant bien raison. C’est tout à fait ce qu’est Patrick Sébastien, un « humaniste de merde » qui, pour la beauté de « l’amour absolu », ira jusqu’à forcer la fille violée à retrouver son gentil bourreau afin qu’elle comprenne qu’en fait non, Zef ne lui voulait aucun mal.

La vision de l’amour absolu chez Patrick Sébastien est des plus étranges, puisque le final nous gratifiera du couple de jeunes tourtereaux qui copule aux yeux de tous, afin que Marie puisse avoir un enfant de Zef même si ce dernier doit être retrouvé et tué lors de leur fuite. Bien sur, Zef est assassiné par le méchant père de la fille… Et alors qu’elle se met à hurler démarre une chanson de Patrick Fiori (!) en totale inadéquation avec la scène. Le plan final présente l’enfant de Marie, beaucoup plus tard, qu’on image atteint, comme son père décédé, de troubles mentaux… Et Patrick Firori continue sa jolie chanson pour midinettes… Mais… Quoi ??? Sérieusement ? Patrick Sébastien est un grand malade mental !!!

Durant tout le film, après nous avoir assené son message à travers un symbolisme de pacotille (une cage d’oiseaux figure l’enfermement, un échiquier signifie la manœuvre du médecin), le « cinéaste » nous gratifie d’une iconisation digne d’un western lorsqu’il tente de nous faire passer son personnage de médecin pour un grand sage, dernier spectateur de la bêtise humaine. Mais il y a encore de l’amour, et celui-ci triomphera toujours, nous dit-il.

Inutile de préciser que la mise en scène et aussi plate que celle d’un téléfilm lambda… Mais au moins Patrick Sébastien témoigne de quelques ambitions artistiques. Son film est un peu un très mauvais film pour festival, avec des sujets forts mais traités au surligneur et une réflexion sur les sentiments humains digne d’une copie de philo d’un élève de cm2. Son film, c’est un peu du Alejandro Jodorowsky, mais sans l’immense talent du maître et sans son génie pour l’invention visuelle.

On retiendra quelques répliques à pleurer de rire et une deuxième moitié un poil plus captivante que la première, mais on est surtout fiers d’avoir pu voir en entier LE film de Patrick Sébastien. T’aime est définitivement à l’image de son metteur en scène, et quoiqu’on pense de lui, son travail est d’une honnêteté troublante.

LE PETIT PLUS DU « FILM DE MERDE » :

Patrick Sébastien est un vilain monsieur. A en croire son film, si tu n’es pas ému par l’histoire de Zef, c’est que tu es un gros cynique sans coeur qui se range du côté du père de Maria. Alors soit tu aimes T’aime, soit tu es un pisse-froid. Mais moi, j’ai quand même envie de dire « Osef, de Zef ».

A Propos de l'Auteur

FreedentWhite a publié 154 articles sur ce site.

Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


Chronique festivalière, jour 3 – Die Hard : Belle Journée pour MourirChronique festivalière, jour 3 – Pluto Nash

Laisser un commentaire

Votre email ne sera jamais publié ou partagé.