Chronique festivalière, jour 1 – Paranormal Activity 4

paranormal activity 4

Compétition Officielle

Paranormal Activity 4 / Un film de Henry Joost et Ariel Schulman avec Kathryn Newton, Matt Shively, Stephen Dunham… Durée : 1h28. Sorti en 2012.

Passe encore que les gens se soient faits avoir une fois… Mais quatre fois ?! Eunbeuliveubeuleu. Le succès de la saga Paranormal Activity est un immense mystère, il ne s’explique pas… Ou peut-être que si, mais on préfère ne pas en tirer trop de conclusions, tant elles pourraient froisser les nombreux spectateurs qui font fièrement culminer le dernier opus en date à encore un peu plus de 140 millions de dollars de recettes à travers le monde, pour un budget 28 fois moindre.

Que Paranormal Activity 4 ait coûté 5 millions de dollars est déjà en soi une arnaque, tant le peu d’argent mis en jeu n’est même pas visible à l’écran. Un caméscope HD (inexplicablement à disposition d’une fille de 15 ans qui filme absolument tout sans que ça ne surprenne personne), une baraque et son jardin pour simples décors, des comédiens inconnus, dix figurants à la fin… Et c’est tout.

Où sont passés les 5 millions, si ce n’est dans les poches du producteur Oren Peli, qui depuis maintenant près de quatre ans diffuse sur grand écran ses vidéos YouTube tout en réclamant à ses victimes adolescentes 10 dollars la place ? Vu comme ça, la situation est affligeante. Peli a tout simplement profité de la mode du found footage, prétextant ainsi un certain besoin de réalisme, pour faire rencontrer à ce genre l’univers d’internet. Ce que d’aucuns appellent un coup de génie est simplement un habile coup marketing. Le succès de la téléréalité rappelle que les spectateurs aiment contempler le vide, le néant, et sont même prêts à dépenser leur argent pour cela. Ainsi ils se rassurent en constatant que n’importe qui peut devenir célèbre en faisant à peu près n’importe quoi.

Dans Paranormal Activity 4, il n’y a absolument aucune notion de cinéma. Le film n’est qu’une vidéo hideuse que n’importe qui aurait pu réaliser en positionnant sa caméra à la va-vite dans sa chambre, sur n’importe quelle table basse. En plus d’accumuler les poncifs (jumeau maléfique, chat qui traine la nuit, ami imaginaire qui se révèle être un fantôme, enfant démoniaque…), ce quatrième épisode (ce qui fait déjà quatre de trop, me souffle-t-on à l’oreille), n’est autre qu’une succession de faux-suspenses constitués de très longs plans-séquences bien souvent fixes et dans lesquels une porte bouge à la toute fin. Joost et Schulman tentent d’endormir le spectateur (astuce malhonnête s’il en est) pour ensuite le réveiller en un bref sursaut. L’astuce ne fonctionne pas, et chacune des fins de ces séquences, toujours plus décevantes les unes que les autres, annule l’effet de celle qui suit.

Le film n’étant pas vraiment construit autour d’un scénario mais autour de ce douloureux système de répétition, il n’est pas surprenant d’avoir l’impression que la mécanique ne s’emballe qu’en toute dernière minute, lors d’un plan final qui fait en quelque sorte figure de bande-annonce pour le film suivant. Ainsi Paranormal Activity 4 est autant une succession de séquences à faux-suspenses que la saga dans son ensemble est un enchainement de films aussi vains qu’ils se concluent d’un effet d’annonce pour le volet à venir. « -C’était nul. -Ouais mais les dernières secondes laissent à penser qu’il y aura peut-être quelque chose par la suite. » Le spectateur sait très bien que non, il n’y aura rien, et pourtant il sera là à la sortie de Paranormal Activity 5, comme en attestent les chiffres toujours aussi impressionnants.

L’intérêt d’une telle production est qu’elle constitue en quelque sorte le prototype ultime du non-film. D’une indigence rare dans son développement scénaristique et d’un mépris total envers le genre, qui requiert des temps forts soigneusement  dispersés au gré de l’intrigue, Paranormal Activity 4 est une expérience profondément ennuyeuse qui n’aboutit à rien et se satisfait pleinement de ses effets de néant. Pour que le spectateur, généralement âgé de moins de 15 ans, ne voit pas trop le temps passé, on lui sert une succession de clichés qu’il se plaira à reconnaître du haut de sa maigre culture et associera facilement aux vidéos qu’on lui partage sur Facebook. Aller voir un Paranormal Activity pour un pré-ado, c’est mettre un pied dans un monde de transgression tout en gardant l’autre dans un univers familier. Il ne va pas voir un film d’épouvante pour son propre plaisir, mais pour pouvoir se vanter de cette expérience auprès de ses camarades de classe. Paranormal Activity 4 est totalement ancré dans cette société du paraître, il jongle sur cette tendance.

Pour conclure sur le film en lui-même et la prétendue expérience au plus proche du réel du found footage, il faut remarquer que le procédé nous éloigne à la réflexion totalement de cette sensation de vraisemblance recherchée (ou plutôt « vendue »). Une ado qui filme toute sa journée au caméscope en marchant très lentement et un montage qui interrompt les séquences au milieu d’une phrase ne procurent en rien le sentiment du réel, que l’on retrouvera plutôt dans des structures cinématographiques plus classiques et éprouvées. L’échelle des plans, le travail traditionnel du montage, donnent cette impression du réel que le found footage ne devrait pas avoir la volonté de reproduire. Jaume Balaguero et Paco Plaza l’avaient compris avec leur Rec qui était avant tout une expérience esthétique, mais Oren Peli et ses apprentis se sont totalement perdus à essayer de produire l’effet opposé.

Paranormal Activity, c’est vraiment un film de merde.

LE PETIT PLUS DU « FILM DE MERDE »:

Grâce à ce film merveilleux, on apprend que le Kinect de Microsoft est l’arme ultime pour détecter des enfants morts. L’accessoire de la XBox 360 prend ainsi une place très importante dans Paranormal Activity 4, et il est difficile d’y voir autre chose que le plus gigantesque des placements produits de ces dernières années.

 

A Propos de l'Auteur

FreedentWhite a publié 154 articles sur ce site.

Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


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