La finance n’est pas la coupable

Il est de bon ton aujourd’hui d’écrire sa petite missive lorsque l’on veut exprimer son ras-le-bol, son avis, ou contribuer d’une manière quelconque à ce monde en crise. D’ailleurs en parlant de crise, il y a une vérité que je souhaiterai rétablir : la finance n’est pas la coupable. En revanche, l’éducation peut-être, surtout lorsque l’on jette un œil sur l’hexagone …

Apprendre la finance appliquée à l’épargne plutôt que la maudire !

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De l’enseignement de l’économie aux enfants de France dès l’école primaire.

Vous avez confié votre épargne à votre banque (celle où vous avez votre compte-courant et vos remboursements d’emprunts). Vous y avez logé votre livret A, une assurance-vie, un PEA, ou vous envisagez de le faire ?

Comme de nombreux français, vous pensez confier votre épargne à votre banquier en lui donnant entière délégation et confiance absolue. Vous aimeriez bien une banque en ligne, mais quelque chose vous retient. Il n’y a pas de visage peut-être ?

Donc, vous allez confier votre épargne à votre banquier, quitte à lui tomber dessus si, année après année, votre épargne fond. Le responsable, c’est lui, qui vous aura mal conseillé. Malgré tout, vous pensez que vous n’avez pas le choix et vous lui laisserez probablement encore votre épargne en attendant patiemment que « ça remonte ». Et puisqu’il vous faut un vrai coupable sur qui vous pensez avoir la main, vous vous tournerez vers les politiques qui vous promettent de vous protéger contre l’ennemi absolu, celui qui n’a ni nom ni visage …

Pourtant, il n’est pas plus difficile d’apprendre ce que votre banquier sait pour gérer votre épargne que d’apprendre le calcul, l’orthographe, l’histoire ou la géographie ! Il suffirait de se dire : mon banquier est quelqu’un comme moi, il a appris, je peux apprendre aussi, il suffirait juste que je m’y intéresse. Au passage, on ne peut qu’encourager notre Président et son Ministre de l’Education Nationale à concrétiser leur idée d’apprendre l’économie (et aussi les produits d’épargne) à tous les enfants de France dès les premières classes d’école primaire le plus vite possible, même si cette petite anecdote familiale peut laisser supposer que ça ne va pas être forcément simple :

Ma grand-mère, que j’affectionne beaucoup, est retraitée de l’Education Nationale. Fille et petite-fille d’instituteurs, elle y fut d’abord institutrice, puis conseillère pédagogique puis inspectrice. Elle a donc passé de très nombreuses années à transmettre aux nouvelles générations d’instituteurs la culture et les pratiques de son corps d’état. Elle vote socialiste depuis toujours. Il y a quelques jours, au cours d’une discussion politique familiale sur l’apprentissage de l’économie à l’école, ma mère, longtemps abonnée aux Echos, évoqua les fameuses « séries de l’été » du quotidien, histoires de sagas industrielles, parcours de grands capitaines d’industries, d’inventeurs, d’objets, de marques, ce genre d’histoires qui peuvent captiver les enfants et j’espère, les faire rêver. Quoi ? Les Echos = journal économique = argent = riches = journal de droite. Stop, discussion impossible, même si ma grand-mère a reconnu, en parcourant les titres de coupures de presse collectionnées depuis longtemps, qu’elles étaient « sûrement intéressantes ». Quel dommage qu’elle ne connaisse pas les initiatives en matière sociale d’Aristide Boucicaut et surtout de sa femme, Marguerite, au Bon Marché au début du siècle dernier.

Picsou_saute_dans_son_argentMonsieur le Président, Monsieur le Ministre, votre projet est louable, votre tâche est immense. Bon courage. Une suggestion : confiez ce nouvel apprentissage à des retraités du monde de l’entreprise (tous grades confondus, en intervenants extérieurs et en cumul emploi-retraite, ils auront des tas d’histoires d’entreprise à raconter, comme dans le temps, les vieux aux veillées et vous mettrez en pratique vous-mêmes vos contrats de génération!)

Mais revenons à notre propos : à tous les propriétaires d’épargne qui a fondu, qui fustigent leur banquier et les responsables politiques, je dis : prenez un peu de temps pour vous informer, pour essayer de comprendre et prenez la responsabilité de votre épargne. « Sers-toi de ton propre entendement » disait Kant.

Le mieux est de prendre un exemple généraliste : vous avez souscrit une assurance-vie multisupport (même raisonnement avec un PEA). A la souscription, vous n’avez pas tout compris, mais vous n’avez non plus pas posé trop de questions. C’est normal, vous faites confiance à votre banquier, qui, au demeurant, a su trouver les argumentaires de vente pour vous convaincre.

Une assurance-vie multisupport ou un PEA sont des supports d’épargne à fiscalité incitative, sur lesquels vous investissez en partie ou en totalité votre épargne sur des unités de compte (fonds en actions par exemple ou actions), exposés au choix à tous les marchés mondiaux et à rendement beaucoup plus risqué puisqu’ils dépendent des marchés boursiers.

Lors de la souscription, vous avez laissé votre banquier vous guider sur les fonds à sélectionner. Votre banquier vous a orienté sur les supports sur lesquels sa hiérarchie lui a mis un objectif, donc un intéressement personnel (la part variable de sa rémunération). La finance a toujours un nom et un visage, en l’occurrence, dans notre exemple, ceux de votre interlocuteur, vendeur lambda d’une entreprise qui lui a mis normalement des objectifs de vente sur ses produits à forte marge ou à booster pour améliorer ses résultats. Ce n’est pas différent d’une entreprise qui vend des forfaits téléphoniques ou des machines à café. Pour les actions du PEA, le choix s’est porté sur les entreprises dont tout le monde parle au moment du choix.

A la fin de la première année, avec des marchés devenus depuis 2001 extrêmement volatils, le rendement de vos unités de compte ou de vos actions vous déçoit. Inutile de vous en prendre à votre banquier. Prenez les choses en main ! Et pour cela, cessez de dire que vous n’y connaissez rien. C’est vrai, mais vous allez y remédier. Et vous prendrez pour cela le temps qu’il faudra.

Pour commencer, lisez les livres grand public sur la gestion de l’épargne. Il en sort régulièrement et ce qui y écrit est à la portée de tous. Même pas besoin du bac. Vous y apprendrez que votre banquier vous a donné toutes les infos, en particulier un descriptif des supports en unités de compte éligibles à votre assurance-vie, ainsi que le coût de leur gestion. Qu’il vous suffit d’aller sur un site d’évaluation des dits-supports (Morningstar, par exemple) et de sélectionner parmi les mieux notés, les moins chers et les moins volatils, si vous voulez minimiser les risques.

S’ils sont constitués d’actions, vous pouvez suivre les cours correspondants sur un logiciel de bourse téléchargeable gratuitement (Prorealtime par exemple). Ce type de logiciel s’avère également indispensable pour gérer votre PEA, si vous l’avez choisi libre, c’est à dire si c’est vous qui sélectionnez les actions qui le composent. On trouve sur le net des blogs très sérieux d’individuels qui se sont formés seuls et qui transmettent gratuitement leur savoir et leur expérience au cours de webinaires accessibles et de qualité.

Il vous faudra ensuite vous intéresser aux marchés et aux entreprises qui composent les fonds que vous aurez sélectionnés, et pour les actions, à l’analyse technique des cours qui vous aidera à donner à votre banquier des ordres d’achat et de vente au moment opportun.

Car nul ne peut continuer de penser que tout cela se gère à l’heure d’internet et du big data comme au bon vieux temps de nos grands-parents et de leurs agents de change. Qu’on achète une action sur les seuls résultats et perspectives d’une entreprise, quand les supercalculateurs ont pris le relais des analystes d’antan. La finance a des noms et des visages, ceux des ingénieurs qui codent tous ces programmes qui font et défont les cours de bourse, avec des Stop et des Encore activés à la microseconde par les événements politiques et économiques de la planète.

Ce qui laisse quand même des tendances et assez de temps pour se retourner ou se décider. Sans peur, sans passivité et sans naïveté. En devenant responsable et maître de son épargne. À tous, je dis qu’il est possible de comprendre et de suivre les marchés. À défaut de les battre….

Voilà ce qu’entre autres, Monsieur le Président, Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, il conviendra d’apprendre à tous les enfants de France. Servez-vous de votre propre entendement, puisque nous vous donnons désormais les moyens d’y entendre quelque chose ! Une dernière suggestion : avec la prime de rentrée, ouvrez un PEA à tous les enfants de France !

A Propos de l'Auteur

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Cruella est toujours intéressée par le monde qui l'entoure. De la politique au cinéma, en passant par ses propres découvertes sur la toile, elle aime partager son avis avec le plus grand nombre. Et devinez quoi, vous allez en faire les frais !


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