Le constant retour de l’islamophobie

contre racisme

Le 30 décembre 2012, une femme du nom d’Erika Menendez pousse un jeune homme, Sunando Sen, devant un métro à New York. Pour sa défense, elle annonce aux autorités qu’elle a effectué ce geste afin de se venger du 11 septembre 2001.

Raphael Soifer, administrateur de Yale, la fameuse université américaine, s’est fait craché dessus par un étudiant qui le sommait de rentrer chez lui en Irak.

Dans une autre université américaine, UCLA, des tapis de prière furent retrouvés entièrement tâchées de sang de cochon.

Le traumatisme du 11 septembre reste encore très présent aux Etats Unis, c’est pourquoi nous ne devrions pas être trop surpris que les premières rumeurs sur les attentats de Boston furent contre des musulmans, qui priaient aux quatre coins du globe pour que l’auteur des attentats soit « blanc ».

« Quand j’ai appris qu’ils étaient Musulmans, j’étais en colère car je savais que les médias connecteraient leurs motivations à leur religion avant de réellement comprendre qui ils étaient » nous confesse une étudiante musulmane de Science Po.

Même si le 11 septembre a 12 ans, les musulmans d’Amérique souffrent encore d’un sentiment anti-islamique aigu et de racisme primaire. Ce qui m’a choquée lors de la couverture médiatique de la tragédie par les médias américains fut leur inclinaison subtile mais implacable envers l’islamophobie.

Dès les débuts de l’incroyable traque des terroristes, deux personnes de couleur étaient accusées à tort. Peu de temps après, un innocent Saoudien, blessé pendant l’attentat fut considéré suspect à cause de son apparence « suspicieuse ». « Mais qu’est ce qui était vraiment suspicieux ? », se demande Mariam Gomaa, journaliste au Daily Northwestern, « Sa couleur de peau ?, Son accent ? ». Les médias ne devraient pas exploiter la nationalité ou la religion d’un présumé suspect à des fins idéologiques ou commerciales. Les jours suivant les attentats, j’avais l’impression que tout le monde savait exactement qui pointer du doigt ; on recherchait des personnes de couleur, car leur celles-ci étaient associées à l’Islam radicale et que l’Islam est associé au terrorisme. Cet état d’esprit est d’ailleurs relativement hypocrite lorsque l’on sait qu’un grand nombre de tragédies de ces dernières années sont à mettre à l’actif de « white Americans », terrorisant leur propre peuple. Pourquoi donc essayons-nous si fortement de faire une constante connexion entre terrorisme et musulmans et proclamons que l’Islam est un problème en Occident ?

attentat_boston_hubIl est intéressant de noter que la couleur de peau mène souvent à une différente interprétation d’un même évènement par les médias. Une couleur blanche entraînera un argumentaire de maladie mentale et d’instabilité émotionnelle quand une couleur brune mènera à une piste terroriste.

Finalement, je trouve cela presque ironique que les rebelles nord caucasiens (auxquels les auteurs de l’attentat ont été liés) aient été forcés d’annoncer via leur site internet qu’ils n’étaient en rien impliqués dans cette attaque. Cela pose la question de pourquoi ils se sont sentis obligés de cette déclaration. Probablement car leur expérience leur aura apprise que nombre d’entre nous a tendance à prendre une action individuelle pour la manifestation de la volonté d’un peuple entier. Ces généralisations, relayées par les médias, nous contaminent l’esprit.

« A chaque fois qu’une attaque se produit, il y a toujours un contrecoup, une haine dirigée non pas sur l’individu responsable mais sur la religion ou l’ethnie qu’il a perverti pour servir son intérêt »nous explique Thomas Mockaitis, professeur d’histoire de la guerre et du terrorisme à DePaul University.

Quand je me suis réveillée ce triste Vendredi et que j’ai allumé mon poste, j’ai réalisé qu’une grande partie des informations faisaient le parallèle entre la bombe de Boston et la chute du World Trade Center. Or, ces deux évènements sont connectés à tort. L’une de ces attaques était initiée par al-Qaida quand l’autre, …, et bien, nous ne savons pas encore.

A l’évidence, quelque chose doit être fait afin de changer l’image de l’Islam en Occident. Je ne veux pas me lever demain en apprenant qu’un petit musulman de 10 ans a été battu à l’école car on le traitait de terroriste, ou qu’une femme portant un Hijab a été insultée et appelée à retourner en Irak.

racismeSi les stéréotypes persistent et persisteront toujours, nous devons nous rappeler que, si l’ignorance fait le bonheur de l’ignorant, il crée aussi le désespoir, la haine et la violence sur son passage.

Mon seul souhait est que chaque lecteur fasse l’effort de comprendre et ne se fasse pas de conclusion basée sur quelques informations récoltées ici et là.

Mon seul souhait est que nous prenions le temps avec des problèmes de cette taille.

Mon seul souhait est que nous ne nous laissions pas convaincre par les seuls médias et que nous essayons d’apprendre de nous-même.

Mon seul souhait est que nous ne perdions jamais notre désir d’apprendre et que nous nous émerveillons chaque jour un peu plus du monde et de ses habitants.

Cet article a été rédigé aux Etats Unis et en Anglais dans un climat particulièrement douloureux par notre chroniqueuse Mélissande. Il est donc important de le remettre aussi bien dans son contexte géographique que temporel.

La version anglaise de l’article peut être trouvée ici et la présente traduction à été faite par Tibo L.

Crédits photos: ici et

 

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