Quand le souverain tombera

Depuis l’avènement au pouvoir de François Hollande, les vagues de protestation diverses et variées n’ont cessé de s’abattre sur l’hexagone. Un vent de révolution semble souffler sur les plaines et personne ne semble encore s’en rendre compte. Cependant, cela n’a rien d’un hasard et, chez Bamboin, nous avons décidé de vous éclairer sur la question.

En effet, les récents bouleversements sont en tous points similaires à une période bien connue de tout bon français, notre chère révolution de 1789. Passons donc en revue les analogies entre les périodes en quatre points majeurs.

1) La « faiblesse » du roi

françois-hollande-officiel Ce premier point se développe aisément en trois caractéristiques : le faible caractère du souverain, sa piètre légitimité et la montée en puissance de ses éternelles rivales.

a) Mou du genou

Un souverain faible de caractère, c’est un souverain qui peine, voire échoue à s’imposer et qui, face à ses prédécesseurs et successeurs, ne restera célèbre que pour sa chute. Dans notre cas, tout comme l’histoire avait coincé ce bon vieux Louis XVI entre deux grandes autorités, autoritaires (c’est le cas de le dire), qui étaient Louis XIV, noble Roi Soleil, et Napoléon Ier, elle semblerait cette fois-ci coincer ce pauvre François Hollande entre, d’un côté, les très rigides De Gaulle et Mitterrand (oui je fais l’impasse sur les présidents intermédiaires, on a une vue d’ensemble ici) et de l’autre, la venue imminente d’une droite ou d’une gauche radicalisée aux frontières d’un régime autoritaire.

Retenu pour son passage à la guillotine entre un fin stratège et un brillant politicien (qui sut traverser deux changements de régime avec brio ; de la monarchie absolue vers la république et de la république vers l’empire), personne ne saurait aujourd’hui citer un accomplissement majeur de Louis XVI. Dans la même veine, il semblerait que le destin ne veuille pas encore laisser sa chance à notre président.

b) Piètre légitimité

La légitimité, cela s’acquiert au mérite, ça se gagne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que notre bon Louis XVI n’aura jamais eu l’occasion de gagner la sienne. Quand on y regarde de plus près, il n’aurait jamais dû être roi. Petit-fils du quinzième du nom, lui-même arrière-petit-fils du quatorzième, si la petite vérole n’avait pas osé sévir sur tous les intermédiaires, le bon garçon n’aurait pas atterri là et serait probablement mort avant que l’on ne l’y parachute par défaut.

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Et comme le flair d’un Bamboin est infaillible, François Hollande n’a pas échappé à la case candidat par forfait. Sans le fameux accident Strauss-Kahn (relativement proche d’une petite vérole entre nous), notre cher ami serait resté sous la table à distribuer avec Martine les parts de galette des rois. Comment être une légitime roue de secours dans un mouvement de panique ? J’ai bien peur que cela soit impossible.

c) Les rivales

Enfin, reste le souci majeur de ses oppositions, qui en quelques siècles n’ont pas changées, j’ai nommé : les rentiers. Comprenez ici ceux qui ont accumulé plus de privilèges qu’il n’en faut et qui, noyés dans leur confort, ont perdu toute notion de la réalité.

Si, sous Louis XVI, il s’agissait de la noblesse, de l’Église et des grands bourgeois ayant émergés des manufactures de Colbert, ce sont aujourd’hui absolument tous ceux qui ont empilé des droits sociaux, financiers, politiques … (c’est-à-dire globalement tout le monde).

Notons bien d’ailleurs que cet épique conflit aboutira à la fin des fameux privilèges, c’est-à-dire dans la nuit du 4 août prochain, si le passé dit juste. Malgré le changement de nature de ces derniers, ils n’en restent pas moins de vilains privilèges qui n’ont plus leur place dans une société bringuebalante.

2) L’endettement du royaume

Je ne vous apprends rien, quand la révolution commence à se faire sérieusement pressentir (c’est-à-dire fin 1788, début 1789), la dette publique est à son apogée. Démarrée par François Ier, enfoncée par les multiples guerres du Roi Soleil et la construction de son splendide Château de Versailles, coulée par les colonisations de ce dernier et de son successeur Louis XV aux Indes et aux Amériques et enfin, achevée par la guerre franco-américaine de Lafayette (oui je parle bien de la guerre d’Indépendance des États-Unis), il était tâche impossible de la contenir plus longtemps.

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Dans un même temps, les réformes fiscales exigées par Turgot, puis Necker, puis quelques intermédiaires pour revenir à Necker, ne sont jamais exécutées. En effet, ces derniers réclamant en majorité un élargissement de l’assiette fiscale se heurtent à l’opposition et la désormais prouvée faiblesse du souverain, qui recule répétitivement devant la pression des privilèges fiscaux et préfère se débarrasser de ses ministres des Finances, que d’affronter le vrai monde.

À titre de comparaison, il est simple d’assimiler le budget des guerres de l’époque avec les actuels budgets pour la défense et les guerres, ceux du maintien des colonies ou encore ceux des grands travaux de rénovation, du Louvre comme de Versailles (oui, c’est assez large, mais n’oubliez pas que l’on parle d’une vue d’ensemble). Quant aux réformes fiscales, cherchant encore et toujours à élargir l’assiette fiscale et augmenter les recettes de l’État, leurs échecs sont font successifs; les oppositions se cristallisent sur les nombreuses tentatives de réforme et le ministre du budget, tombe, lui aussi, comme une mouche (même si c’est sur un « prétexte » de faute personnelle, au moins il s’apprêtait lui aussi à en faire une, de réforme fiscale).

3) Crise politique, de régime et de foie

À l’heure où sonne la révolution, le souverain est toujours là, mais la monarchie absolue, elle, n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. En effet, Louis XVI est contraint d’introduire plusieurs assemblées pour essayer tant bien que mal de soutenir les réformes fiscales, allant jusqu’aux États Généraux, qui eux, finiront par se proclamer Assemblée Nationale avec le Serment du Jeu de Paume fin Juin 1789.

Aujourd’hui, il nous faut comparer le déclin de la monarchie absolue de Louis XIV avec celui de la Vème République, conçue par De Gaulle et pour lui seul (à noter que Mitterrand lui marcha droit dans les bottes et fut un brillant suiveur, à l’instar de Louis XV derrière Louis XIV). Seul l’avenir nous dira si la fin du régime a vraiment sonnée, et si François Hollande s’est avéré faire un bon Louis XVI (sans lui souhaiter la guillotine bien sûr).

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4) Les éléments déclencheurs

Si hier, le peuple ne pouvait plus se procurer de pain dû à une flambée massive des prix de la nourriture, après deux années de très mauvaises conditions climatiques en 1787 et 1788 (mais que faisait donc Eva ?), la crise actuelle de l’euro pourrait aisément déboucher sur une montée de l’inflation et répéter le scénario.

Si hier encore, la traque était lancée contre les riches marchands de 1789, qui avait fait leur fortune sur le dos des « Infortunés », justement, elle n’en restait pas moins une chasse aux riches comme celle que nous vivons actuellement (et oui, une sorcière reste une sorcière).

Sur un autre plan, nous retrouvons l’affaire Réveillon, avec Florange, et dans sa version modernisée PetroPlus et PSA Aulnay, qui amènent les problèmes de coût du travail et de compétitivité. Non, ne me dites pas que vous êtes passés à côté de l’affaire Réveillon ? Décidément, les enseignants n’enseignent vraiment plus rien. Bref, je vous explique, car il ne faut pas perdre le rythme.

Jean-Baptiste Réveillon était un fabricant de papiers peints employant 300 travailleurs à Paris dans sa Manufacture Royale de papiers peints donc. À la suite d’un hiver particulièrement rigoureux, le prix du pain s’envole et ce dès les premiers mois de l’année 1789. Au 23 avril, Jean-Baptiste (Réveillon hein) suggère donc d’abaisser ce prix, une mesure qui, selon lui, devrait permettre d’amoindrir les salaires et, d’une pierre deux coups, celui de ses produits manufacturés. Une bonne idée qui est immédiatement reprise par un autre patron de l’époque, Henriot, un fabricant de salpêtre (si là aussi vous loupé le coche, demander à Google de vous expliquer, je ne peux pas tout faire). Trois jours après (le 26 donc), des émeutes éclatent entre travailleurs, travailleuses (excusez-moi, je m’égare …) et bourgeois durant la rédaction de cahiers au sein de la fabrique. Et qui nous dit émeutiers, nous dit casseurs (oui même à l’époque). Ainsi, les effigies de nos deux patrons, Réveillon et Henriot, sont déplacées jusqu’à la place de Grève et brûlées en signe clair de protestation. S’en suit alors une longue nuit de heurts et de cris dans l’ensemble de la ville. La foule initiale rejoint par de nombreux ouvriers de la manufacture des glaces obligent les ouvriers de Réveillon à déserter leur lieu de travail, assiègent puis pillent ce dernier. Deux jours plus tard (le 28 donc), la foule grandissante commence à lancer pierres, tuiles et meubles depuis les toits des maisons sur les troupes armées de la monarchie (qui tentaient tant bien que mal de ramener l’ordre et le calme), déclenchant ainsi une fusillade qui fit chez les soldats 12 morts et 80 blessés pour respectivement 200 décès et 300 blessés chez les insurgés. Cette étape met un terme définitif à l’affaire Réveillon et se charge de mettre le feu au poudrier « Révolution française ».

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Bon, je ne vous fais pas un dessin, les grèves d’aujourd’hui et les conflits entre la CGT et SUD nous rappelle vaguement les ouvriers des glaces et les adeptes du papier peint, agrémenté de brûlage de pneu parce que les effigies, ça ne se fait plus vraiment.

Enfin, nous arrivons à la division du peuple, que ce soit au moment de la mutation des États Généraux en Assemblée Nationale, aboutissant à la fin du régime, ou au sein même des corps constitués – la noblesse comme le clergé se scindent en groupes pour ou contre –, les divisions sont bien là. Actuellement, il en va de même au sein de nos « corps apparentés », j’ai nommé l’UMP et les antis mariage pour tous (oui, c’est une comparaison osée, mais il nous en faut bien une), qui prennent le parti du contre avec une nette montée de la radicalisation (et là nous pouvons citer la bataille Copé-Fillon, et donc, bien sûr, la fameuse Manif pour tous).

Au final, que penser de cette accélération brutale des événements (moi, ça ne me dit rien qui vaille) ? Touche-t-on véritablement à la fin du régime ? L’histoire est un éternel recommencement et l’espèce humaine incapable d’en tirer les leçons. Espérons juste que ce n’était pas ça, la vraie prophétie des Mayas.

Crédits photos : ici, ici aussi, , encore et .

A Propos de l'Auteur

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2 Commentaires

  1. Yume
    Posted 2 mai 2013 at 19 h 01 min | Permalink

    Article très intéressant. Merci d’avoir partagé avec nous tes connaissances en histoire de France 🙂

  2. Posted 8 mai 2013 at 17 h 31 min | Permalink

    Aha, j’adore cette analyse, je sais pas si vous vous rappelez mais Hollande faisait grandement référence à la Révolution dans son clip de Campagne, c’est assez cocasse !

Un Trackback

  1. By L’homme qui marchait | Bamboin.com on 8 mai 2013 at 7 h 56 min

    […] Notre culture marche-t-elle tant sur la tête que même ceux qui ont le pouvoir (et ceux qui l’auront demain) n’ont que faire du « monde » d’en bas ? Sommes-nous vraiment revenus en 1789, comme nous le suggérions dans notre article de la semaine dernière ? […]

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