Les films du mois de Mars

films-mars-2013

Nouveauté sur Bamboin. Chaque mois, ici même, vous retrouverez un petit tableau de notes qui répertorie les sorties cinéma du moment. Nos rédacteurs commentent les films, un peu à la façon des tableaux que vous pouvez trouver ailleurs sur le web ou dans la presse (on pense à Mad Movies ou aux Cahiers du Cinéma, bien sûr). Cela dit, nous notons les films sur 10 et nous vous proposons des avis un peu moins courts que chez certains de nos confrères, tout en proposant un éventail de films aussi large que possible.

Si on attend d’avril qu’il soit asiatique avec Pieta, The Land of Hope ou encore The Grandmaster, mars aura résolument été un mois américain. Entre les premiers blockbusters de l’année et les nouvelles pépites d’auteurs de renom, plus habitués aux festivals, s’est dessinée une cartographie intéressante du cinéma outre-atlantique actuel.

D’un côté, on remarque l’arrivée de films destinés au monde entier. De grosses productions hollywoodiennes plus que des films américains au sens strict. Le catastrophique cinquième volet de la saga Die Hard débarque ainsi, alors que l’auteur de Piège de Cristal et d’Une Journée en Enfer s’apprête à partir assez injustement en prison. Ceux qui ont vu Belle Journée pour Mourir (c’est le cas de le dire) vous diront bien que la justice américaine aurait mieux fait de mettre John Moore derrière les barreaux, tant son dernier long-métrage est un outrage à la saga initiée par John McTiernan et un affront à la création cinématographique en général. Dans cet objet immonde, même Bruce Willis joue les vacanciers et abdique complètement face à la machinerie hollywoodienne. Un film qui nous rappelle à quel point il ne suffit pas de balancer de grosses explosions à la gueule des spectateurs pour les captiver.

On retrouve un peu de cet insupportable cynisme dans le nouveau G.I. Joe, lui aussi destiné aux ados. Cependant, John Chu, réalisateur des estimables Justin Bieber – Never Say Never et Sexy Dance 3, dynamise un peu la recette éculée et propose de jolies chorégraphies tout en entamant un travail réflexif plutôt bien vu sur le cinéma d’action hollywoodien contemporain. En poussant à son paroxysme la logique du blockbuster décérébré, Chu accouche d’une création aussi attachante que monstrueuse.

Mais Hollywood ne prend pas que le visage du dieu Dollar puisque de bien joyeux lurons comme Gus Van Sant, Derek Cianfrance ou notre cher ami Terrence Malick proposent encore des créations qui se démarquent du tout-venant. Ces trois-là sont d’ailleurs trois films américains à travers lesquels se dessine l’Amérique, la vraie. L’Amérique reculée, l’Amérique enfouie. Si  The Place Beyond the Pines reste une tentative, tantôt brillante, tantôt hasardeuse d’établir un portrait américain à travers plusieurs générations, Promised Land et surtout A la Merveille sont des réussites beaucoup plus franches. Les âmes perdues, les freaks, les paysans des petites villes qui parcourent ces deux films sont autant de manière de faire resurgir les fantômes d’une terre souillée. Malick, accusé à tort par beaucoup de reproduire la recette de son Tree of Life, propose un film plus sale, plus cru et encore plus fascinant que sa Palme d’Or. Deux grands films sur l’Amérique, vous dit-on … Ce qui est aussi le cas du Monde Fantastique d’Oz, film qui divise nos rédacteurs.

Sam Raimi, réalisateur génial connu pour ses Evil Dead et ses Spider-Man, accouche cette fois-ci d’un blockbuster familial que Misterfox considère en ces lignes comme étant dans la lignée du Alice in Wonderland de Tim Burton. Si la mise en chantier de cet Oz n’a été possible qu’après le succès au box-office du film de Burton et qu’il se place lui aussi dans la mouvance des ré-interprétations de contes de fées très à la mode ces temps-ci, force est de constater qu’il est en vérité totalement différent et beaucoup plus ambitieux que les créations du genre vues récemment. L’esthétique du film de Raimi émule davantage le Disney des années 30 et 40 que l’univers vide et criard du Burton, et très vite on découvre sous la façade de blockbuster au demeurant fort divertissant des axes de lecture d’une richesse insoupçonnée. Ainsi le film, en plus d’être une autobiographie touchante et virevoltante, est une étude du mythe du self made man et de la révolution américaine. Raimi, auteur au sens noble du terme ET artisan du blockbuster, nous prouve donc qu’un juste milieu entre ces deux cinémas est toujours imaginable.

Le cinéma américain se porte donc plutôt bien, si on en croit un début d’année aussi marqué par les derniers films de Bigelow, Spielberg ou Tarantino, et on espère que les mois prochains nous permettront de faire le même constat du cinéma asiatique ou du cinéma européen … Pour ce qui est du cinéma français, à l’heure de la sortie des Coquillettes, on peut se dire qu’il y a encore du chemin à faire …

[ERRATUM: mauvais tableau!!!]

MAI 2013Guillaume TixierMisterfoxRockMortis
Batman : The Dark Knight Returns - Partie 1 (Jay Oliva) Sorti le 2 mai, uniquement en vidéo8 Dès les premières secondes de cette adaptation du plus célèbre des graphic novels consacrés au Chevalier Noir, il est évident que Jay Oliva place la barre très haut. Pas aussi haut que Burton, mais plus haut que Nolan, en tout cas.8 Un dessin animé plutôt couillu et captivant. On regrettera simplement une animation un peu faible, à cause de son faible budget.
Batman : The Dark Knight Returns - Partie 2 (Jay Oliva) Sorti le 2 mai, uniquement en vidéo8 Une deuxième partie absolument tétanisante. The Dark Knight Returns est sombre et intelligent, mais il n'en est pas moins rempli de money shots, le film n'oubliant jamais de montrer ses héros en action. Indispensable.8 Une fin ambitieuse, sombre et riche en enseignement. Un dyptique à voir absolument.
Epic : la bataille du royaume secret (Chris Wedge) Sorti le 22 mai4 Le film s'appelle Epic juste parce qu'il y a une bataille à la fin ? Non parce que sinon, j'y vois surtout un film d'animation lambda avec des personnages qui ressemblent à des figurines et des sidekicks bien relous comme il faut.
Evil Dead (Fede Alvarez)
Sorti le 1er mai
6 Clairement dans le haut du panier des remakes horrifiques des années 2000, Evil Dead est un petit plaisir cela dit imparfait et inconséquent. Juste de quoi se ronger le frein en attendant le vrai Evil Dead 4, quoi.9 Voilà longtemps que je n'avais pas pris un pied pareil devant un horror movie. Mission accomplie donc pour un remake ultra gore et ultra jouissif. A noter une photo typée 70's magistrale.
Fast and Furious 6 (Justin Lin) Sorti le 22 mai2 Alors oui, il y a dans ce Fast and Furious - deux ou trois bonnes intentions et un final pétaradant... Mais il n'en reste pas moins un pur produit de consommation débilitant et gerbant de misogynie. A croire qu'on vit encore au Moyen-Âge...1 Des acteurs mongoloïdes servent des dialogues d'analphabètes et des scènes d'action ennuyeuses. Que s'est-il passé depuis le 5, monsieur Lin ?
Gatsby le Magnifique (Baz Luhrmann) Sorti le 15 mai5 Cool... En fait c'est Moulin Rouge !, mais en moins bien, c'est ça ? Heureusement que DiCaprio est à son zénith et que la 3D est du plus bel effet, parce que sinon il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent dans ce Gatsby-là.7 Un film qui nous en met plein les yeux et la tête pendant une heure pour mieux nous emmener dans l'intime par la suite. 3D excellente et DiCaprio toujours aussi juste et charismatique.
Iron Man 3 (Shane Black) Sorti le 24 avril6 Iron Man 3 ressemble à s'y méprendre à un buddy movie des années 80-90. Plutôt sympa, mais on était en droit de s'attendre à mieux de la part du génial Shane Black.8 J'ai aimé le un, j'ai aimé le deux (si si) et donc, bien sûr, j'ai kiffé le trois ! Amoureux des dialogues que je suis, Black m'en a donné pour mon argent, tout en conservant bien sûr de l'action et les problèmes des supers-héros (qui décidément n'ont pas les mêmes que moi).7 Un Tony Stark humanisé, confronté à lui-même et qui va mal. Sombre mais bourré d'humour. Marvel lance très bien sa phase 2 avec cet opus. Visuellement magnifique mais 3D inutile.
Jurassic Park 3D (Steven Spielberg) Sorti le 1er mai9 Revoir Jurassic Park dans cette somptueuse version 3D est un choc. Stupéfiant et terrifiant, le classique de Spielberg n'a pas pris une ride.8 La maestria visuelle de Spielberg et les effets spéciaux toujours aussi incroyables valent à eux seuls la très réussie conversion 3D. Revoir ce film sur grand écran est un bonheur.
La Grande Bellezza (Paolo Sorrentino) Sorti le 22 mai7 Sorrentino se calme un peu et ça fait plaisir. L'ombre fellinienne est bien là, mais le réalisateur captive de bout en bout avec les péripéties de cet écrivain qui n'a jamais osé reprendre la plume après un premier ouvrage à succès.
Le Passé (Asghar Farhadi) Sorti le 17 mai9 Un incroyable crescendo émotionnel. La construction scénaristique est remarquable, Mosaffa et Bejo sont formidables, la mise en scène est d'une rigueur exemplaire... Le Passé contourne tous les clichés et restera assurément comme l'un des immanquables de l'année 2013.8 Ca a l'odeur du cinéma français, ça ressemble à du cinéma français... Mais c'est vachement bien ! Fascinant du début à la fin.
Mama (Andres Muschietti) Sorti le 15 mai8 Comment expliquer qu'un film qui cumule autant de poncifs puisse nous foutre les chocottes d'une manière pareille ? La mise en scène, les amis, la mise en scène... Et Jessica Chastain en mode rockeuse, bien sûr.7 Un déroulement un peu trop classique et formaté. Reste un film angoissant bourré de bonnes idées visuelles et de scènes incroyables, soutenues par une photo de toute beauté.
Mud - Sur les rives du Mississippi (Jeff Nichols)
Sorti le 1er mai
8 Mud prouve qu'il y a encore de beaux récits d'aventure à raconter et le charismatique Matthew McConaughey fait entrer son personnage dans la légende en un quart de seconde seulement. Un grand et beau film américain.8 C'était VRAIMENT très bien.
Oblivion (Joseph Kosinski) Sorti le 10 avril7 Ce Wall-E + Moon + 2001 n'est pas désagréable. Surtout, le style de monsieur Kosinski, déjà réalisateur de Tron Legacy, est immédiatement identifiable.8 -7 Joseph Kosinski manie admirablement bien sa caméra et la met au service d'un scénario qui surprend jusqu'au bout. Sobre, efficace et beau, un bon moment de cinéma.
Only God Forgives (Nicolas Winding Refn) Sorti le 22 mai9 Oubliez le scénario un peu neuneu, l'expérience est tout de même étourdissante. Où le maniérisme de la mise en scène, la brutalité et le fétichisme des situations donnent des ailes à un Refn qui n'était jamais allé aussi haut.8 On prend touuuuuuuuuuuut notre temps. Mais bon, c'est beau, cool et bien mis en scène, alors d'accord.
Shokuzai - Celles qui voulaient se souvenir (Kiyoshi Kurosawa) Sorti le 29 mai7 Cette première partie n'est pas la plus réussie des deux, mais Kiyoshi Kurosawa y déploit déjà toute son aptitude à la représentation de situations singulières.
Sous Surveillance (Robert Redford) Sorti le 8 mai5 Un film de traque bien emballé à défaut d'être véritablement captivant. A noter cela dit un beau casting et surtout l'interprétation de Shia LaBeouf, acteur qui progresse de jour en jour.
Stoker (Park Chan-wook) Sorti le 1er mai9 Jamais un cinéaste sud-coréen n'avait signé un si beau film en s'aventurant aux Etats-Unis. Excitant, violent, troublant... Stoker est ce que Park Chan-wook a fait de mieux depuis le phénoménal Old Boy primé à Cannes en 2004.9 Enfin une success story d'un réalisateur coréen en exil ! Flippant, grâce à un excellent duo d'acteurs !
The Grandmaster (Wong Kar-Wai) Sorti le 17 avril8 Il y a de grosses béances dans ce montage sorti en salles, mais en l'état The Grandmaster est tout de même un tour de force esthétique et sensitif.7 Wong Kar-Wai au service du Kung-Fu, ça donne une fresque bien branlée, où l'on ne voit pas le temps passer.4 Un scénario auquel il manque de gros morceaux et une réalisation trop prétentieuse tiennent le spectateur à l'écart. Tout est survolé et rien n'accroche vraiment. Visuellement, le film est superbe.
Trance (Danny Boyle) Sorti le 8 mai5 Danny Boyle enchaine les films moyens mais reste pour la presse et pour les spectateurs le "grand cinéaste pop de son époque". A-t-on seulement vu les mêmes films ?
Very Bad Trip 3 (Todd Phillips) Sorti le 29 mai4 Un conseil : quand on n'a plus grand chose à raconter, il faut savoir s'arrêter. Je reproche à Todd Philipps d'être un vendu et à Bradley Cooper de n'en avoir plus rien à foutre. Pour le reste, c'est plutôt joli et il y a quelques scènes à grand spectacle, mais par contre c'est pas drôle du tout.
The Land of Hope (Sono Sion) Sorti le 24 avril7 De prime abord, il y a de quoi avoir peur... Sono Sion n'est-il plus le cinéaste punk que l'on adorait tant il y a encore quelques temps ? Pas si sûr, car si ce nouveau film à tout du "film de la maturité pour festivals", il n'en est pas moins marqué du sceau Sono.

A Propos de l'Auteur

FreedentWhite a publié 154 articles sur ce site.

Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


Les films du mois de mai 2013

Laisser un commentaire

Votre email ne sera jamais publié ou partagé.