Les héros oubliés du cinéma épisode 1: Jack Pierce

A l’heure du tout numérique, du son Dolby Surround et de la 3D, on en oublie les pionniers de l’effet spécial. En effet jeunes gens, sachez qu’avant les images de synthèse, il fallait se débrouiller autrement pour rendre crédible un monstre, une blessure, une malformation.

Un maquilleur de génie, Jack Pierce, sera donc le premier sujet d’une série sur les « inconnus du ciné », ces gens dont le nom est oublié ou n’apparaît qu’en petits caractères dans le générique de fin. Ce nom ne vous évoque sans doute rien, et pourtant, il est bien probable que l’image que vous évoque le nom « Frankenstein » soit son œuvre.

Mais commençons par le commencement si vous le voulez bien !

Né en Grèce en 1889, Jack immigre  adolescent aux Etats-Unis, où il enchaîne divers petits boulots dans cette Amérique pleine d’opportunités du début du 20° siècle. Foultitude donc de jobs avant d’échouer un peu par hasard dans le cinéma, en 1917. Il est alors acteur muet, puis 10 ans plus tard, en 1927, il deviendra maquilleur pour Universal, c’est avec cette activité qu’il construira réellement sa carrière et s’inscrit durablement dans le cinéma.

En 1931, il réalise les maquillages du Dracula de Browning, et surtout, ceux de Frankenstein de James Whale. Comme ça, cela ne vous dit surement pas grand-chose.

Boris Karloff dans le rôle de la créature de Frankenstein.

Vous voyez mieux maintenant ? Cette figure étrange, à la fois inquiétante et pathétique, c’est l’œuvre de Jack Pierce. Il s’occupera par ailleurs du maquillage dans les suites de ce Frankenstein : La fiancée de Frankenstein (1935), puis Le Fils de Frankenstein (1939).

En 1939, il est aussi sur L’homme invisible, de Whale toujours, adaptation très fidèle du roman de H.G Wells, grand classique de l’âge d’or d’Universal, et qui nous rappelle aussi que l’anti-héros n’est pas une invention du 21° siècle.

Pierce fût ensuite partie intégrante de nombreux grands succès d’Universal, jusqu’à la fin des années 40, citons pêle-mêle :

  • Le Corbeau, (The Raven) de Lew Landers. (1935)
  • La Tour de Londres, (Tower of London) de Rowland V. Lee (1939)
  • Le Loup-garou, (The Wolf Man) de George Waggner (1941)
  • Le Fils de Dracula, (Son of Dracula) de Robert Siodmak (1943)
  • Deux nigauds dans le manoir hanté, (The Time of their lives) de Charles Barton (1946)
  • Jeanne d’Arc de Victor Fleming (1948)

Puis 12 ans plus tard, une dernière participation sur le tournage du Voyageur de l’espace, (Beyond the time barrier) d’Edgar G. Ulmer en 1960.

Jack Pierce a ainsi largement contribué au succès des films hollywoodiens des années 30/40, donnant une véritable importance au maquillage, et préfigurant une vision plus moderne de l’horreur, du grotesque, qui n’est pas sans rappeler un certain Tim Burton, qui racontera lui aussi en 1990 l’histoire d’une créature créée de toutes pièce par un savant fou, créature inadaptée au monde humain comme la créature de Frankenstein, ce sera Edward aux mains d’argent.

Il a ainsi permit une nouvelle manière d’aborder les personnages monstrueux, permettant à l’acteur de ne plus être un simple « figurant déguisé », de pouvoir composer un vrai rôle, comme l’a brillamment fait Boris Karloff dans Frankenstein,  livrant un personnage tout en finesse, à la fois terrible, monstrueux, sensible et innocent pourtant.

Alors vous, qui allez voir les derniers films de vampires, les dernières superproductions hollywoodiennes, n’oubliez pas le travail d’une vie d’un  immigré, qui a su avec des moyens bien minces, implanter une image de l’épouvante dans l’imaginaire collectif.

A Propos de l'Auteur

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Mesquin de nature, vous me trouverez rôdant ici en train de dénigrer sans pitié le travail d'un réalisateur tourmenté et de toute l'équipe d'intermittents du spectacle ayant contribué à me faire perdre de 1h30 à 4h de ma vie devant un mauvais film. Effrontés qu'ils sont. Mauvaise foi et mesquinerie marqueront mes interventions.


2 Commentaires

  1. Posted 29 novembre 2012 at 9 h 12 min | Permalink

    Nb : la deuxième photo est celle de La momie de Freund (1932)

  2. FreedentWhite
    Posted 29 novembre 2012 at 18 h 00 min | Permalink

    Très bonne idée de nouvelle série pour Bamboin.

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