Retour en arrière épisode 2: Déclaration d’amour au Seigneur des Anneaux de Peter Jackson

LE SEIGNEUR DES ANNEAUX – LA COMMUNAUTÉ DE L’ANNEAU 

LE SEIGNEUR DES ANNEAUX – LES DEUX TOURS (2002)

LE SEIGNEUR DES ANNEAUX – LE RETOUR DU ROI (2003)

Genre : Héroïc-Fantasy. Durée: près de 11h au total.

Un film américain de Peter Jackson, avec Elijah Wood, Viggo Mortensen, Sean Astin…

« Je ne vous dirais pas de ne pas pleurer car toutes les larmes ne sont pas un mal.»

C’est un sentiment étrange. À moins d’un mois de la sortie du premier des trois films consacrés par Peter Jackson à Bilbo le Hobbit, de formidables souvenirs me reviennent à l’esprit. Il me semble que j’ai moins de mal qu’auparavant à percevoir l’excitation qu’avait pu causer l’annonce de la prélogie Star Wars chez une foultitude de fantasticophiles qui avaient découvert la saga du père Lucas pendant leur jeunesse. Avec The Hobbit, c’est pareil, sauf que cette fois ci, ce sera bien.

Pourquoi y croire dur comme fer ? Mais parce que c’est Peter Jackson et qu’entre ses deux trilogies tirées de l’univers de Tolkien, il a eu le temps de signer deux chef-d’œuvres (King Kong et Lovely Bones) qui attestent de son éternelle soif de cinéma.

Au début, cela dit, un doute a persisté. On sait que Guillermo Del Toro, originellement prévu en tant que réalisateur sur le projet, en est parti et a laissé sa place à un Peter Jackson qui préférait jusque là ne rester que co-scénariste et producteur de cette « préquelle ». Revenu sur sa décision pour s’assurer le financement d’un projet qu’il aurait été bête d’abandonner, le cinéaste s’aventurait-il à réaliser un film qu’il n’avait pas vraiment envie de réaliser ? On pouvait croire son cerveau monopolisé par les adaptations de Tintin en performance capture (dont le tournage du deuxième, qu’il doit mettre en scène, est logiquement retardé), mais Peter Jackson semble avoir trouvé un défi suffisamment à sa hauteur avec Bilbo le Hobbit. A vrai dire, on peut même parler de multiples défis. Il y a le défi de l’adaptation, qui varie de celle du Seigneur des Anneaux puisque ici il ne se base pas sur trois pavés de 700 pages, mais sur une unique aventure de 300 pages. Il y a aussi le défi de la continuité, le réalisateur se promettant de ne pas faire les erreurs qu’ont commises certains de ses plus illustres collègues en donnant une préquelle à un classique (défi majoritairement d’ordre esthétique: comment, alors que la technologie a évoluée, donner l’impression d’un univers plus ancien ?). Qui plus est, Peter Jackson doit nous prouver qu’il n’est pas le nouveau George Lucas et qu’il ne détruira pas ses trois premiers films. Enfin, il y a un défi technique gigantesque dans l’adaptation du Hobbit, puisque le cinéaste, féru d’effets spéciaux et de technologies (il se rêve en pionnier du cinéma) expérimente pour la première fois dans son coin un tournage en 3D, en Red Epic 5K, en Dolby Atmos et en 48 images par secondes. Si on a une preuve incontestable de la bonne volonté et de la sincérité du bonhomme ? Il en redemande et décide finalement de sortir trois films plutôt que deux, en ajoutant encore des éléments des appendices du Seigneur des Anneaux à son scénario.

L’excitation est à son comble, donc, et voir Jackson se ramasser dans les grandes largeurs en décembre s’avère fort peu probable. Une grande question subsiste pourtant: arrivera-t-il à faire mieux que l’immense Retour du Roi ? Et si oui, comment ?

Car il est vrai que Le Retour du Roi était un monument de cinéma, et que la saga a marqué toute une génération, comme Star Wars en son temps. Je suis nostalgique de ces presque trois années passées à décortiquer les films, à baver devant des bandes-annonces, à discutailler avec les camarades de classe de ces monuments épiques qui ne nous prenaient jamais pour des buses.

C’était en 2001, j’achetais ma première revue de cinéma, un numéro de Ciné Live avec en couverture de ce numéro d’été un dossier sur Le Seigneur des anneaux, une fresque dont les premières images diffusées à Cannes avaient littéralement bluffé les journalistes, qui s’étaient empressés de rencontrer le metteur en scène qu’ils ignoraient sûrement jusque là. J’avais dix ans et je ne savais pas que Mad Movies et son brillant reporter Rafik Djoumi s’excitaient sur le projet depuis plus d’un an déjà. A l’origine, je n’achetais même pas le Ciné Live pour le dossier consacré à la saga adaptée de Tolkien, mais pour un CD-Rom rempli de goodies sur Jurassic Park 3, évènement de l’été au même titre que La Planète des Singes de Burton (que j’attendais déjà rigoureusement, mais c’est une autre histoire). Si je me rappelle de l’achat de cette revue et non de multiples autres, c’est pourtant bien parcequ’elle m’a fait découvrir ce qu’était en réalité Le Seigneur des anneaux, ces romans dont j’avais déjà vu les couvertures sans avoir pour autant envie de les lire (la lecture n’était pas vraiment mon domaine, de toute façon). Avec ce numéro à la couverture verdâtre présentant l’anneau tenu par Frodon, je me mettais à attendre les films avec curiosité, sans pour autant ne penser qu’à cela jours et nuits.

Il fallut faire un choix important en décembre (mes parents ne m’emmenant alors que très peu souvent au cinéma), et ce fut Harry Potter à l’Ecole des Sorciers, dont tous les copains parlaient à l’école, qui remporta le duel. Cependant, en milieu d’année suivante, je cassais ma petite tirelire pour me procurer La Communauté de l’Anneau en VHS le jour de sa sortie. Au grand damne de mes parents, qui virent alors que je ne pensais qu’à ça et que je regrettais tellement de ne pas être allé le voir au cinéma, une après-midi entière des vacances à la mer fut occupée par la visite d’un supermarché en bordure de La Rochelle. Là, je trouvais le précieux et passait en caisse fièrement. Je me souviens même que deux jeunes lascars assis sur un banc lâchèrent à voix haute un « Wouah il a la cassette du Seigneur des Anneaux ! » lorsqu’ils me virent passer sous leurs yeux. C’est dire si le souvenir est intact et fondateur de ma cinéphilie assidue.

Il restait une demie semaine de vacances et je désespérais de pouvoir rentrer à la maison pour pouvoir enfin découvrir La Communauté de l’Anneau. Autant dire que pas une seconde ne fut perdue à mon arrivée, et que la VHS pénétra le magnétoscope aussi tôt.

Le choc !!! Bouche bée, je voulais déjà revoir le film. Tout cet univers, ces personnages, ces aventures, ces effets spéciaux, ces larmes sur mon visage à la mort de Boromir confirmèrent mes espérances les plus folles. Je ne vais pas vous cacher que le moment de la découverte de ce premier Seigneur des Anneaux est gravé dans ma mémoire à tout jamais, et qu’Harry Potter peut bien aller se rhabiller (à tel point que je ne me rappelle presque pas du premier film).

Ma mère, pas vraiment cinéphile, s’enthousiasmait guère de ma délectation devant des longs-métrages comme Le Seigneur des Anneaux ou Matrix (autre grande trilogie de ma pré-adolescence). Pour elle, ces trucs étaient des horreurs incompréhensibles, à tel point que plusieurs années plus tard (peut-être début 2004), elle me proposait gentiment de regarder un téléfilm de fantasy à la qualité plus que douteuse sur TF1. « -Mais maman, tu ne vois pas la différence ? C’est Le Seigneur des Anneaux que j’aime, pas ça. » « -C’est la même chose. » « -Mais… Non ! ». Cette petite anecdote vous aide, je l’espère, à comprendre qu’elle ne fut pas très motivée à laisser mon père m’accompagner en décembre 2002 pour voir Les Deux Tours. Après trois semaines de harcèlement moral de ma part, et donc seulement quelques jours avant sa disparition des grilles horaires, je découvrais Les Deux Tours. En grand. Au Cinéma. Comment c’était génial !.. Mais mon père n’a pas aimé (par contre il aime bien Matrix, je crois).

J’associe un autre grand souvenir à ce deuxième volet, puisque ma VHS souffrait d’un gros problème lors de la scène des marécages. Ainsi le magnétoscope, qui n’arrivait plus à lire le film, demandait à ce qu’on le nettoie à chaque fois qu’on atteignait ce passage. En fait, je devais faire une avance rapide sur la VHS et sauter toute la séquence pour pouvoir enfin revoir le film normalement. Une opération douloureuse. Vous vous doutez qu’au vu du nombre de fois où j’ai regardé ce film, ce défaut technique a hanté mon enfance. Je tremble rien que d’y repenser ! Revoir Les Deux Tours en DVD ou en blu-ray n’est qu’en partie libérateur: d’un côté je vois de nouveau le film en entier, de l’autre je ne pense inlassablement à ma vieille VHS durant la scène des marécages.

J’en viens au Retour du Roi. L’année 2003 fut partagée entre l’attente de Reloaded, Revolutions et surtout la conclusion du Seigneur des Anneaux, que Jackson promettait encore plus épique que les deux premiers volets. Je m’étais procuré les livres seulement cette année-là, espérant alors me faire une idée de ce à quoi allait ressembler ce final quelques mois à l’avance. La bande-annonce promettait monts et merveilles, les interviews dans les journaux spécialisés mettaient l’eau à la bouche et mes premiers pas sur les forums Allociné me permettaient de constater l’énorme impact de la saga sur le public. Je confiais régulièrement à mes camarades de classe mon impatience à propos de ce film, et tous, y compris les non cinéphiles, attendaient de voir ce que Peter Jackson nous avait préparé.

Le jour de la sortie, je me posais devant le cinéma dès la fin dès cours, c’est-à-dire à 12h, pour la séance de 15h. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que cette idée avait traversé l’esprit de bon nombre d’adorateurs des deux premiers épisodes. Premier présent, je me retrouvais littéralement collé à la porte d’entrée du cinéma, qui plus tard allait me pousser hors des chanceux à pouvoir donner son maigre pécule à Peter Jackson avant les autres. Lorsque le gérant ouvrit à 14h15, il ne manqua pas de spécifier que « tout le monde aura sa place, inutile de se bousculer ». Pour autant, imaginez l’émeute.

Enfin installé dans le cinéma, la tension est à son comble. Je suis accompagné d’un ami et nous ne trouvons des places que dans le coin gauche de la salle. Ambiance très chaude. Les bandes-annonces et les publicités sont diffusées mais nous, on s’en fout, on veut Le Retour du Roi. Finalement, les lumières de la salle s’éteignent. Silence total pendant 3h20.

Je peux vous dire que l’expérience ressentie ce jour-là fut le centuple de celle ressentie avec La Communauté de l’Anneau et Les Deux Tours. Je pourrais presque raconter en détail le moindre moment de cette projection, la symbiose entre les spectateurs présents. J’ai fondu en larmes à quatre reprises, dont une à l’arrivée du générique de fin. Me dire que c’était fini était terrible. Mon ami se moquait qui plus est de mes larmes, lui qui pourtant avait adoré le film. Pour une salle de province d’à peu près 150 places (bien qu’on y tenait à 200 ce jours-là), j’ai souvenir d’une ovation assez impressionnante. Tous ces applaudissements n’étaient pas juste là pour dire « très bon film, très maîtrisé » mais plutôt pour remercier du fond du cœur Peter Jackson. Tous nos fantasmes de gosses étaient là, à l’écran. Le moindre plan de cette putain de fresque de 3h nous envoyait au Septième Ciel et était l’apothéose d’une trilogie instantanément culte. À ce moment précis, le réalisateur de Braindead (autre grand moment) était devenu un dieu. Le Retour du Roi était (et est toujours) l’un de ces grands films qui vous sonnent complètement à la sortie du cinéma. Les effets secondaires d’un immense moment de cinéma: des tremblements, l’impression d’avoir perdu toute tension, l’incapacité de parler pendant plusieurs minutes. J’ai ressenti cela très peu de fois dans une salle de cinéma, et la séance du Retour du Roi est indéniablement la plus mémorable (cela dit, voir Suspiria sur très grand écran pourrait carrément me provoquer un arrêt cardiaque).

Alors voilà, je remercie Peter Jackson pour ce moment inoubliable, dont je me souviendrais sûrement encore dans mes vieux jours, et je me rappelle encore avoir dit à mes parents que ce film allait gagner tous les Oscars. La nuit de la fameuse cérémonie, on me pria cependant de me coucher à cause des cours le lendemain. Au réveil, je fonçais sur l’ordinateur pour voir qui avait gagné… Le Seigneur des Anneaux: Le Retour du Roi, avec 11 oscars. Ce sentiment que tout le monde ait pu reconnaître le génie de cette œuvre et qu’un homme, en l’occurrence Peter Jackson, ait légitimé aux yeux de la quasi-totalité de la profession le cinéma de genre, me rendait tout simplement heureux. J’avais l’impression de fêter ça dans mon coin. De plus, je pouvais dire à ma mère que je n’étais pas le seul à aimer ces « horreurs ».

J’ai revu Le Retour du Roi un nombre incalculable de fois, et je ressens toujours la même émotion. Les larmes viennent toujours au même moment, l’ampleur de la mise en scène éblouit toujours de la même manière, et quel que soit la taille de l’écran, Peter Jackson se fraye un petit chemin jusqu’à votre petit cœur qui n’en demandait pas tant.

Plusieurs de mes visionnages se sont faits avec mes parents dans mon dos. Je n’ai jamais compris qu’on puisse détourner les yeux du Retour du Roi, qu’on puisse faire autre chose alors que ce film passe dans la salle d’à côté. J’ai sans doute sérieusement gonflé mes parents avec Le Seigneur des Anneaux et avec ce film en particulier, mais je pense que j’essayais de les convaincre de la grandeur des images proposées par Peter Jackson. On m’a dit « mais tu vas voir ça va te passer, dans pas longtemps tu penseras que c’est pas bien ». Dix années se sont écoulées. J’ai chialé comme un môme devant le final de King Kong et la totalité de Lovely Bones. J’écris ce papier.

Moi qui suit fort peu enclin à la nostalgie (mon entourage pourra vous faire se reproche à mon propos), d’autant plus que je n’arrive généralement à me remémorer le passé qu’en l’associant à des films (« j’ai fait ça a ce moment là, c’était la semaine de la sortie de tel ou tel long-métrage » etc) je dois avouer que la sortie imminente du Hobbit: Un Voyage Inattendu réveille en moi une immense émotion. Dans moins d’un mois, Peter Jackson va on l’espère provoquer un nouveau choc aux amoureux de cinéma du monde entier, imposant ainsi un autre jalon à nos vies.

Le Hobbit, on le veut inoubliable et intemporel. C’est trop demandé ? Jackson va le faire !

A Propos de l'Auteur

FreedentWhite a publié 154 articles sur ce site.

Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


Retour en arrière épisode 1: Frankenhooker (1990)

Un commentaire

  1. Posted 28 novembre 2012 at 12 h 28 min | Permalink

    Magnifique article qui rappelle foule de souvenirs, je me souviendrai toujours de  »la nuit du seigneurs des Anneaux » organisé par le ciné près de chez moi : les 3 films à la suite, de 17h à 5h du matin, entrecoupés d’entractes au chocolat et et au vin chaud, le pied total!

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