Skyfall

Genre: action, espionnage.

Un film britannique de Sam Mendes avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem…

Note : 9,5/10

L’histoire: Bond, présumé mort, doit faire face à un nouvel ennemi. Ce dernier vient de détruire les locaux du MI6 et semble en vouloir tout particulièrement à M.

À l’heure où le tout-venant de la presse s’excite sur le dernier James Bond, il était temps pour Bamboin de remettre un peu les pendules à l’heure… Sauf que oui, Skyfall est le meilleur épisode de la série. Il est même plus, il est le meilleur blockbuster en live-action depuis le monumental Retour du Roi du sieur Peter Jackson. Pourquoi ? On vous l’explique.

La réussite ébouriffante de cet épisode anniversaire (on fête cette année les 50 ans de 007 au cinéma) n’est pas étrangère à la présence de Sam Mendes derrière la caméra. Le cinéaste, habituellement rompu à l’exercice du cinéma d’écriture dit « à Oscars » (Les Noces Rebelles, American Beauty…), peut à première vue sembler être un corps étranger à la recette bondienne. Sauf que voilà, en faisant signer pour la première fois un artiste reconnu comme étant un grand auteur, les Broccoli marquent leur volonté de renouvellement dans une saga qui, malgré un succès populaire toujours prégnant, avait de plus en plus de mal à s’affirmer et à conserver un style qui lui était jadis propre. Autrement dit, et on aura beau apprécier le sympathique Casino Royale, la saga sombrait ces dernières années dans l’auto-citation, les gadgets à outrance, les scénarios improbables (l’exaspérante période Brosnan), ou pire, dans le copier-coller de licences à la mode (Quantum of Solace, qui tente vainement d’appliquer le style Jason Bourne à son univers).

Skyfall, lui, ne ressemble qu’à lui-même tout en faisant la synthèse de cinquante ans de cinéma. Sam Mendes a tout simplement signé l’un des films à gros budget les plus expérimentaux de l’histoire du Cinéma. Mais, contrairement au pourtant magnifique Speed Racer des Wachowski, il a su intégrer ses recherches les plus folles à un background qui nous est familier. Skyfall est un film du passé, du présent et du futur… Ce qui en fait logiquement un film du futur accessible au plus grand nombre.

Mendes intègre pleinement l’histoire de la saga à son long-métrage, ainsi les références subtiles se succèdent et un amour inconditionnel des codes du film d’espionnage se dégage. Le scénario, que certains qualifieront de simple voire simpliste, est en fait d’une rare habilité. Rien de plus normal que de penser à The Dark Knight pendant le film, puisque Mendes part d’une trame déjà vue pour mieux construire son opus. Plus qu’une redite des plus grands succès de ces dernières années, son film se base sur un scénario-type auquel il va constamment greffer sa patte. Là encore, le réalisateur des Sentiers de la Perdition se positionne constamment entre passé, présent et futur. Le film, qui se déroule au présent, enfonce peu à peu Bond dans son propre passé. On pense à Freud quand notre héros se retrouve dans des paysages écossais de plus en plus reculés, jusqu’à se retrouver dans le manoir où ont péris ses parents il y a de nombreuses années. Là, seulement accompagné d’un vieux garde-chasse et de M, sa mère symbolique, au plus profond de son être, va paradoxalement se construire le Bond du futur. C’est seulement à la fin de cette séquence fondatrice que James devient le Bond période Sean Connery.

La grande question du film, magistralement amenée par un Javier Bardem en état de grâce dans le rôle de Monsieur Silva, le grand méchant, est celle de la quête identitaire et des apparences trompeuses. Bardem interprète un ancien agent/protégé de M, qui cherche à se venger d’elle après qu’elle l’ait abandonné à un triste sort. Il appelle constamment M « Maman », l’aime autant qu’il désire l’éliminer, et surtout il a été ce qu’est Bond et représente ce que ce dernier pourrait devenir dans un futur pas si lointain. Ce qui fait de lui l’un des plus grands méchants du 7ème Art, c’est qu’il fait se demander à Bond qui il est vraiment et s’il peut vraiment avoir confiance en celle qu’il considère comme sa mère. « Elle ne m’a jamais menti », dit-il à Silva alors que celui-ci s’apprête à lui prouver le contraire. Bond est un homme d’action qui se voit contraint de réfléchir. Son regard exprime régulièrement le doute, le scepticisme. Daniel Craig devient avec ce film un grand acteur.

Ces grands thèmes se répercutent bien évidemment chez tout grand cinéaste qui se respecte sur l’univers visuel du film. Voilà qui tombe bien, Mendes propose rien moins que le volet le plus excitant de la saga en terme de mise en scène. La plus belle séquence du film, un affrontement dans une tour en plein Shanghai, synthétise la totalité du métrage. De sa voiture, Bond assiste à un meurtre à l’intérieur du bâtiment. Le tout est suffisamment succinct pour que l’on se demande si l’on a bien vu ce que l’on croit avoir vu, d’autant plus que l’on n’aperçoit de la voiture que des silhouettes. Après quelques secondes, Bond sort de l’automobile et se précipite sur les lieux du crime. La séquence, hitchcockienne en diable, va se faire refléter 007 sur la moindre des parois du bâtiment. Ainsi jusqu’à quatre ou cinq reflets du personnage vont être visibles dans le même plan. Qui plus est, l’extrême stylisation de la photographie va jouer un rôle de trompe l’œil. La façade d’un autre bâtiment affichant un immense écran bleuté vient monopoliser le cadre. On sait que cette autre tour est en arrière-plan, et pourtant elle domine l’espace au point de transformer nos protagonistes en simples ombres, et donc en simples fantômes. Qu’est-ce qui est devant ? Qu’est-ce qui est derrière ? Qu’est-ce que je vois ? Mendes trouble son espace scénique jusqu’à conclure sa séquence sur l’affrontement de deux silhouettes noires sur fond bleu. La question que pose ces quelques plans, c’est bien sûr celle de l’identité de Bond: qui est vraiment ce personnage que l’on croit tous connaître ? Qui est réellement M ? Les apparences sont parfois trompeuses.

Ne serait-ce que pour cette séquence follement enthousiasmante, le film n’aurait pu être en 3D, et Skyfall est bel et bien un chef-d’œuvre qui fait clairement relativiser notre enthousiasme face à certaines productions hollywoodiennes récentes. Ici, le cahier des charges est certes rempli, mais Sam Mendes, qui signe ici son meilleur film, apporte surtout une toute nouvelle dimension au mythe Bondien. Skyfall pose les bases d’un cinéma d’action racé, conscient de l’histoire de son art et pourtant extrêmement avant-gardiste. On n’est pas là face à un grand James Bond, mais tout simplement face à un grand film de Cinéma à qui on donnerait bien l’Oscar cette année (puisque de toute façon Holy Motors ne l’aura pas…). Un authentique classique instantané tout juste entaché par une bande-originale anodine. Immanquable.

A Propos de l'Auteur

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Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


2 Commentaires

  1. Posted 28 octobre 2012 at 10 h 40 min | Permalink

    Skyfall, lui, ne ressemble qu’à lui-même tout en faisant la synthèse de cinquante ans de cinéma. Sam Mendes a tout simplement signé l’un des films à gros budget les plus expérimentaux de l’histoire du Cinéma. Mais, contrairement au pourtant magnifique Speed Racer des Wachowski, il a su intégrer ses recherches les plus folles à un background qui nous est familier. Skyfall est un film du passé, du présent et du futur… Ce qui en fait logiquement un film du futur accessible au plus grand nombre.

  2. Posted 29 octobre 2012 at 12 h 17 min | Permalink

    Je n’ai jamais trop accroché avec Daniel Craig mais j’irai quand même le voir, étant fan de James Bond depuis mon plus jeune âge.
    Sean Connery avait tellement plus de classe dans les années 60 et au niveau de l’humour c’était du bon aussi.

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