Regards: Louise Dumont, humaine à la sensibilité ardente

 Parle-nous de tes débuts dans la photographie ? Qu’est ce qui  t’a donné envie de commencer la photo ?

J’ai commencé à prendre des photos à la fin du collège avec une webcam pourrie et un scanner sale. C’était pas terrible. Après à mes 16 ans, mes parents m’ont offert un petit caméscope. Je prenais que des photos avec. En terminale, mon copain –de l’époque- m’a filé un reflex. Et là tout a réellement commencé.

Au départ, je ne sais pas trop ce qui m’a donné envie. Peut-être un truc de flip de la vie – de la mort, garder des trucs/souvenirs/fixer le temps – des autres, la photo ça permet de communiquer sans avoir trop besoin de parler.

Je ne réclame pas grand-chose et au final, j’ai eu la chance que ce soit plus la photo qui est venue vers moi, que moi qui suis allée vers la photo.

Quelles sont tes formations et compétences en termes de photographie ? As-tu déjà participé à des expositions, des livres, ou autres ?

Niveau formation, je suis plutôt une autodidacte. Au collège, j’avais participé à un petit labo-photo organisé par le prof de technologie, où j’avais découvert le développement photo. Sinon en MANAA (Mise à niveau en Arts Appliqués, après mon bac S), on avait eu quelques « cours » de photo mais on avait plutôt des sujets (perso et collectif) et on les traitait. Je n’ai pas appris grand-chose. Après j’avais posé pour un photographe qui travaille qu’en argentique, et il m’apprenait un peu à faire les planches contact, à développer dans son labo/baignoire. Sinon rien.

Niveau compétences, je ne suis pas une bête en technique de prise de vue, ni en retouches en post-prod’. Je pense que je ne suis ni une technicienne ni une artiste. Je suis une humaine/une gosse, qui a sa sensibilité et son originalité, son « regard » sur le monde. Et dont la photographie est le moyen le plus simple pour retranscrire cela, pour communiquer, et pour exister.

J’ai exposé l’année dernière à Cergy (Ile de France) dans un CIJ et à la Maison des Femmes pour un projet s’intitulant « Des complexes et moi/Décomplexez-moi ! ». Un projet avec cinq femmes complexées par une partie de leur corps. J’ai utilisé l’alginate et le plâtre pour mouler et la photographie. Elles avaient aussi du retranscrire la séance à l’écrit.

Cette année, j’ai exposé à Ambazac (Limousin) une petite série photo sur l’évolution des mœurs homme/femme pantalon/jupe à l’occasion de l’évènement « Mâle en jupe, Bien en Limousin ».

Sinon, vous pouvez voir une série de portraits de « vieux » en noir et blanc  dans le magazine « Le Bonbon (18ème) » (édition papier & en ligne) de septembre.

Mi-octobre, j’ai participé à un évènement éphémère en exposant des tirages dans le nouveau lieu La Boulange (lieu très prometteur, l’underground creusois), à côté de l’ancienne bibliothèque de Guéret. La thématique « Chimères corporelles et inconscientes » s’est déclinée par une exposition de dessins, peintures et photo, une fresque collective et une performance avec musiciens, lecture de textes de Thiéfaine, Rimbaud, Solo etc accompagnée de live-painting sur modèle nue, charmeuse de serpents…Bref, le prochain thème c’est « Rose indigeste » auquel il se peut que je participe, je vous conseille, dans tous les cas, d’y faire un tour.

Quelle est la place de la retouche dans tes photos ?

La réponse à cette question va être relativement courte. Je privilégie les photos brutes. Je fais des retouches basiques, parfois des recadrages, niveaux, balance des couleurs (ou travail sur le noir&blanc), pas vraiment davantage. On peut faire des choses vraiment extra en post-prod’. Et j’admire certains photo-manipulateurs. Mais pour le moment, je n’arrive pas à m’y mettre, je n’ai pas un bon feeling avec la « machine ».

Quel matériel utilises-tu ?

En matos, un peu ce qui me tombe sous la main. En ce moment j’ai un canon 5D (mais mark 1) avec un seul objectif (snif snif). (J’ai pas mal utilisé le canon 400 D avec le 18/200 mm.) Un trépied et voilà. J’ai récupéré le Nikon (argentique) de ma mère et va falloir que je rate des pelloch’ pour me faire la main.

Y a-t-il des artistes qui ont influencé tes travaux ?

C’est peut-être un peu cliché de dire ça, mais je crois que Doisneau a été un déclic pour moi. Ce doit être le premier photographe dont j’ai connu le travail.

Depuis, j’essaie de découvrir différents artistes, mais il est vrai que les photographes humanistes/reportage (la photo comme moyen de passer des messages contre les discriminations, pour défendre des causes. La galerie « Fait et cause » rue Quicampoix ou le magazine photo Polka m’intéressent de ce côté-là.) ou clichés volés (mise en valeur de l’instant, les notions d’éphémère et d’éternel, l’hymne à la vie et à l’importance de l’homme), les photographes « plasticiens » (côté plus expérimental, animal ou le mélange de la peinture sur l’objet photo’, ou la peinture sur le modèle pendant la prise de vue, le flou, le bruit, la matière…) et les autoportraitistes (introspection, multiples facettes, le modèle est le photographe, le créateur devient la création, l’œuvre totale) sont les « catégories » de photographes qui me touchent le plus. Je reste cependant ouverte et curieuse sur d’autres visuels tant dans le domaine de la photo que la peinture, le dessin et les arts en général. Tout est source d’inspiration.

Quelques noms de photographes que j’admire : JRLaurence Demaison, le couple ParkeharrisonDiane ArbusJan SaudekJeff CowenRobert Mapplethorpe, Witkin et la liste est longue (je ne retiens pas toujours les noms).

Sur Facebook : Nadia Wicker, Nanoo G, Daria Endresen

Dans d’autres domaines, Soulages, Roman Opalka, Benjamin Vautier, Sophie Calle, … et bien d’autres…

Le corps est l’essence même de la plupart de tes photos, qu’est ce qui t’attire dans ce thème ?

Je suis une humaine qui fait de la photo pour des humains avec des humains. Le corps, c’est notre matière-première. C’est la Nature. Au départ. Puis c’est la Vie qui passe dessus.

Ce sont nos différences, nos douceurs, nos couleurs, nos particularités, nos irrégularités, nos plis, et nos rides, nos poils, nos veines, nos os et notre chair, notre regard et nos sourires, j’essaie de capter tout ça. Ce qu’on est. Et ce qu’on nait.

C’est le début et la fin. C’est la matérialisation du temps qui passe, c’est la présence du corps qui sera un jour absent, c’est la métamorphose. C’est les sensations, c’est la machine humaine. C’est la visibilité de nos jouissances et de nos douleurs.

La chair prend le pli des âges, elle vit, elle se fane et régénère les cellules de nos sensations parcheminées. Nos sensations de l’esprit retranscrites par un mouvement du corps, une attitude, un langage… Le corps est armure, désir, rempart, porte, interrupteur.

(J’aurais répondu quelque chose comme ça) Eglé (réponse d’une consœur)

On observe un grand nombre d’autoportraits sur ton site, quelles différences  y a t-il entre ton travail en solo et le travail avec d’autres modèles ?

Mon travail en solo me permet de satisfaire toutes mes lubies, un shoot à 4 h du matin, de la peinture, de l’argile sur la gueule, moins de limites et plus de possibilités, et a un côté pratique : pas de problème de gêne par rapport à la nudité, comprendre plus facilement ce que le photographe veut (puisque c’est la même personne), les goûts pour les sélections finales /les droits d’auteur.

Les difficultés : la mise au point, les cadrages, les 10 secondes de retardateur (mon prochain achat c’est une télécommande !). C’est à ce moment là que j’aimerais pouvoir dissocier mon corps et mon esprit. L’esprit qui photographie le corps, ce serait tellement plus pratique.

Les autoportraits, pour moi, c’est « l’œuvre totale/complète », le regard sur soi-même. Devenir l’œuvre. En étant le modèle et le photographe. N’avoir besoin que de soi pour créer. S’utiliser dans tous les sens.

De l’autre côté, je vois ça aussi comme l’exacerbation de l’égo. Ce que je veux dire c’est qu’avec un modèle c’est une collaboration, on doit garder un brin d’humilité, se faire oublier et mettre en avant la personnalité de l’autre, qu’avec l’autoportrait c’est moi, moi et Moi-même.

C’est aussi pour cela, que l’autoportrait est une sorte de thérapie (en ce qui me concerne.)

Que recherches- tu dans une photo ?

Ce que je recherche dans une photo…

Hum je crois que j’ai mieux compris ce qui me parle, en m’engueulant avec mon mec. On rangeait nos livres et pots de peinture sur des étagères. Je recherchais l’utilité, le pratique, lui directement le visuel, le beau, l’esthétique. Je crois qu’en photo c’est pareil, j’ai besoin de scénar-riser mes images, elles fonctionnent rarement seules. C’est une idée, une valeur, un concept au départ à défendre. Puis le visu, et l’esthétisme vient après. C’est pour cela, que je pense être plutôt /et j’aimerais me diriger vers la sociologie, l’art-thérapie, la vie dans l’art et l’art dans la vie, l’art revendicatif que dans l’artistique, l’œuvre d’art par fonction inutile. En fait, la photo c’est le moyen pour moi de me sentir utile. (Je pense par exemple à mes projets comme « des complexes et moi/décomplexez-moi»)

Pour toi, qu’elle serait LA photo parfaite ?

LA photo parfaite ? Celle que tu vois un jour et que tu fixes dans ta tête pour toujours.

Le Beau + L’idée = perfection.

Le fond et la forme. Le concept et la réalisation.  La réflexion et l’émotion.

Il y a une grande variété et surtout une grande imagination dans ton travail photographique. Où trouves-tu cette inspiration ?

Oui, je ne suis pas encore fixée sur un truc précis, j’embrasse différents domaines. Du coup, je ne suis pas sûre d’avoir un style, ma patte.  Mais je suis jeune, et j’ai encore du temps (j’espère) pour me développer et m’attacher sur un point.

Pour l’imagination, je pense que tout m’influence et m’inspire ; les expos que je voie, les gens dans la rue, les visuels partagés sur FB et Tumblr, des bribes de conversation, la vie. Des détails qui passent par mon filtre et que je recrache avec ma personnalité.

Quels sont tes projets futurs ? Expo ?

Mes projets futurs… J’expose, à l’occasion du St-Fiel Fest, au Studio du Sénéchal (le cinoch’ de Guéret) du 2 au 14 novembre avec mon ami, peintre. Mi-novembre, peut-être une opportunité pour participer à une expo collective à Amiens, on va voir… En décembre, j’exposerais une photo et une collab’ à la galerie Rebecca Petry (Paris).

Mais pour suivre mes actus, rien de mieux que de s’abonner à ma page Facebook « Vue sur Lac » ! 😉

Je veux aussi me concentrer à mes créations personnelles avec le médium de la laque, et j’ai plein de projets de séries photos à concrétiser, des collaborations avec mon amoureux, peintre, d’autres artistes, m’essayer un peu à la vidéo-performance (je suis très sensible à la Danse).

J’aimerais aussi, beaucoup, monter un collectif, travailler à plusieurs sur les thématiques du corps, du temps, de l’humain. Des motivé(e)s ? (NDLR: proposez vous a Bamboin, on fera passer)

Peux-tu choisir une de tes photos et nous raconter son histoire ?

 

Cette photo est extraite d’une série d’autoportraits réalisée pendant une nuit début 2012 où j’ai squatté la chambre de mon cousin&coloc, absent.

Argile et peintures acryliques, corps et papillon en toc ont été mes ingrédients
Matière, métamorphose, renaissance, cette série est aussi une sorte d’hommage au superbe performeur Olivier de Sagazan que j’admire.

Après à vous de me donner vos ressentis…

Merci pour cette interview, qui m’a permise de tenter de poser des mots sur ce que je fais, sur ce que je suis.

A bientôt.

N’hésitez pas à partager cette interview et à rejoindre sa page facebook  et sur son site.

Bamboin remercie très chaleureusement Louise Dumont pour nous avoir fait partager son univers et son art.

A Propos de l'Auteur

Brume a publié 13 articles sur ce site.


Regards: Emmanuelle B.

Un Trackback

  1. […] Vous souvenez-vous de Louise Dumont, jeune artiste de génie à laquelle nous avions dédié un article il y a de cela quelques mois ? (Il est ici) […]

Laisser un commentaire

Votre email ne sera jamais publié ou partagé.