Le ciné fast food

Comme je rôdais un peu plus tôt aujourd’hui près d’un collège (je vous vois venir jeunes sacripants : je sortais simplement de la librairie en face du sus-cité établissement dispensaire de savoir et de diverses drogues dures), je fus pris dans une nuée ardente de collégiens sentant bon les phéromones masculines en ébullition, de collégiennes aux décolletés synonymes d’angine en cette période de l’année,  et entre deux crissements de cordes vocales juvéniles n’ayant visiblement pas encore connu les joies de la puberté, un son plus désagréable que les autres me parvint.

 …

 «Monsieur ? Monsieur ? Réveillez-vous ! Ah ! Il lève une paupière ! Monsieur vous m’entendez ? Comment vous appelez-vous ? »

« Gnnn.. Mesquin. Je m’appelle Mesquin… Lâchez ma main gourgandine ! »

Je me relève péniblement, le souffle court, encore abasourdi par ce que je viens d’entendre, et cherche le coupable de mes yeux perçants dans la foule. Soudain !

Il est là ! Dans son milieu naturel ! Et il me fixe, de son regard torve et stupide, qui n’est pas sans rappeler  celui d’un veau ou d’une femme. Le collégien type de quatorze printemps avec chapelet autour du cou, t-shirt d’un goût plus que douteux qui aurait sa place dans une armoire de Vincent MacDoom et tignasse grasse et faussement négligée ayant nécessité sans nul doute une bonne heure de préparation (et 1 bon kilogramme de gel coiffant et de sébum de pré-pubère)

Le portrait-robot de mon agresseur

Il est là. A quelques mètres de ma carcasse encore secouée, l’auteur du propos le plus incohérent et déprimant qu’il m’ait été donné d’entendre de toute ma vie (du moins jusqu’au prochain discours officiel de François Hollande). Toujours est –il que je vous le retranscris ici, âme sensible s’abstenir (je vous aurai prévenu chers lecteurs) :

« Non mais de toute manière Jean-Roger, tu sais, et bien voilà quoi, moi j’peux t’dire, attends écoute moi Jean-Roger ! Ouai donc j’peux dire que tous les films à gros budget sont des bons films, ceux qui marchent genre Avatar, Twillight, Hunger Games sont géniaux sur tous les plans »

Sache petit malandrin inconnu, que tu es la cause de cet article, et que de mes doigts tordus et rageurs je maltraite mon clavier pour exprimer tout le dégout que tu m’as procuré (presque autant que la vision de cette masse humaine moutonnière  et suintante agglutinée devant la boutique d’un certain opérateur le jour de la sortie d’un certain appareil technologique, qui fait aussi téléphone).

Sache aussi jeune effronté, que tu es la lie de ce monde, et que…

Oui ? Je déteste être interrompu, alors faites vite je vous prie. Ah non, cette semaine pas de critique de film de ma part, ceci dit quelle merveilleuse occasion que ce Festival du Film de Merde pour parler un peu du cinéma, n’est-ce pas ?Et surtout je fais ce que je veux na. Hem reprenons.

La lie de ce monde donc (que celui qui a dit « LALY DE SECRAITE STAURIE LOL» se dénonce immédiatement) ce sont ces consommateurs de cinéma que nous appellerons «cinéma  fast-food ».

Mais Jamie, le « Cinéma Fast-food » keskecé ?

Le cinéma fast-food mon cher, c’est cette façon qu’ont beaucoup d’entre nous d’aborder le cinéma, un support artistique donc, comme on aborderait la restauration rapide : il faut que ce soit digeste, rapide, et rassasiant immédiatement. Pour continuer dans la métaphore culinaire on pourrait dire aussi qu’il faut des ingrédients simples et bon marché.  Et sous vos yeux ébahis, je vais dévoiler la recette pas si secrète des succès populaires de ces dernières années.

Tout comme le hamburger a ses pains, le film pour adolescent à gros budget a un cadre générique (vous allez voir, vous allez rapidement comprendre quand on passera à l’exemple) (et si vous êtes un peu lents, ce n’est pas mon problème), un scénario mince et sans saveur faisant office de steak, ajoutez une sauce 3D/effets spéciaux hors de prix et passablement inutiles, et vous obtenez le succès de l’été.

Vous avez tout compris ? Bon sortez les casseroles, on va faire tremble la ménagère et sa fifille fana de vampires pédophiles de 100 piges se tapant une lycéenne par un exemple de derrière les fagots ! Commençons donc par notre pain :

En 20xx, dans un lycée des Etats-Unis d’Amérique, qui est le plus mieux beau joli démocratique et génial des pays, Jean-Eudes Sphincter, un adolescent comme les autres avec ses problèmes d’adolescent comme les autres, mais légèrement rejeté par le reste des adolescents comme les autres, notamment par Philibert-Félix, le capitaine de l’équipe de football américain. Philibert-Félix qui par ailleurs sort avec Léopoldine-Huguette, la bombasse jolie fille du lycée qui n’est pas sans attirer Jean-Eudes. Celui-ci est tout turgescent quand seul sous sa couette THE AVENGERS il pense avec émotion à la croupe de la jeune et virginale donzelle.

Maintenant, le steak :

Mais un jour, Jean-Eudes découvre qu’il n’est pas comme les autres ! A 18 ans il n’a jamais touché un néné Il est doté d’un super-pouvoir ! Toutefois des méchants lui en veulent et il devra lutter pour sa survie. Jean-Eudes arrivera-t-il à séduire la délicieuse, la délicate Léopoldine-Huguette ? Arrivera-t-il à sauver le monde ? Parviendra-t-il à maitriser toute la puissance qui sommeille en lui ? Son acné galopante disparaitra-t-elle ? Son aventure deviendra-t-elle une trilogie si elle rapporte des pépettes ?  Autant de questions qui trouveront une réponse au cours de la quête épique de Jean-Eudes.

On a là la base les enfants, rajoutez un peu de fromage bien fondu, à tout hasard, des seins pour le public masculin et des abdos pour nos amies les femmes, une jolie sauce… Hmm la 3D me parait bien sympathique ! Une jolie bande-annonce avec une voix off grave, profonde et mystérieuse sur fond d’explosions et de scènes d’action, bande-annonce qui par ailleurs dévoilera tout la substance (substance c’est un bien grand mot) de l’intrigue (je persiste avec les hyperboles quand même) ne laissant aucune surprise au spectateur lorsqu’il ira consommer son Burger Hollywoodien.

Il serait stupide de résumer le cinéma actuel à cela, c’est un raccourci dans lequel je ne m’engagerai, il est toutefois véritablement regrettable que l’on nous serve trop souvent la même histoire réchauffée et réadaptée. Pour exemple, une superproduction américaine à 220 millions de dollars, d’une durée de 2h05 environ, ça nous fait du 1 760 000$ la minute de film ma bonne dame, alors honnêtement, avec le prix d’une minute de film on pourrait payer toute une équipe pour nous servir un scénario un peu nouveau, original et COHERENT.

Sur ce, je m’excuse auprès de nos chères chroniqueuses cuisine dont j’ai légèrement (et allègrement), violé les plates-bandes, et m’en vais voir un petit film, qui je l’espère me montrera que j’ai tort et… mais que ? Je.. NON NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON

A Propos de l'Auteur

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Mesquin de nature, vous me trouverez rôdant ici en train de dénigrer sans pitié le travail d'un réalisateur tourmenté et de toute l'équipe d'intermittents du spectacle ayant contribué à me faire perdre de 1h30 à 4h de ma vie devant un mauvais film. Effrontés qu'ils sont. Mauvaise foi et mesquinerie marqueront mes interventions.


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