Cosmopolis

Genre : Drame.

Un film franco-canadien de David Cronenberg, avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Sarah Gadon…

Note : 8,5/10

L’histoire : Un jeune magnat de la finance se retrouve coincé dans sa limousine, en plein Manhattan, le jour de la venue du Président de la Réplique, et alors que dehors les manifestations se multiplient.

Faux-semblants, La Mouche, Vidéodrome, Le Festin Nu, Scanners… On le connaît bien, Cronenberg, et l‘idée de le voir travailler avec Robert Pattinson avait de quoi surprendre les cinéphiles. Il faut dire que le talent du jeune homme ne nous avait jusque là pas sauté aux yeux, entre son interprétation sans âme du vampire des Twilight et celle non moins anecdotique de l’un des amis d’Harry Potter dans le quatrième opus de la saga éponyme. Le retrouver chez un cinéaste de la trempe de celle de notre cinéaste canadien préféré avait de quoi rendre curieux. Dans le rôle d’un jeune milliardaire, Pecker, qui spécule et baise à longueur de journée, recroquevillé dans une limousine qui le protège du monde extérieur, Pattinson rassure. A l’évidence, il n’attendait que Cronenberg pour faire l’étalage d’un talent qui devrait lui assurer une carrière dans la lignée de celle de DiCaprio. Froid, toujours à la recherche d’une expérience plus grisante encore que celle des chiffres et du sexe, régulièrement embarqué dans des conversations philosophiques sur le fric, l’anarchie, le consumérisme, le futur etc.. Et peut-être finalement à la recherche d’une vérité d’un monde qui le dépasse, son personnage synthétise instantanément les folles années 2000.

Comme David Fincher et son The Social Network il y a quelques années, le Cosmopolis de Cronenberg se pose comme l’un des grands films de -et surtout sur- notre temps. C’est le spectre d’une génération entière qui défile sous nos yeux, ainsi que celui d’une époque perdue d’avance où les Hommes ne contrôlent même plus les chiffres et machines qu’ils manipulent. Dans le film, Pattinson et ses partenaires, pour la plupart très jeunes, coupés du monde et incapables de tenir des relations avec autrui (toujours The Social Network), spéculent dans le vide, jouent avec des données qui n’existent pas. Portrait amer et tellement vrai d’un monde où les riches sont très très riches et n’ont aucune idée des conséquences que peuvent avoir leurs actes, et des pauvres qui manifestent dans la rue à la recherche de la sacro-sainte Egalité qu’ils n’ont en fin de compte jamais obtenue.

Pattinson, de l’intérieur de sa limousine high-tech (voire carrément futuriste), voit les banderoles dans la rue, fait preuve d’un cynisme à toute épreuve, remonte la vitre quand ça ne l’amuse plus, et parle de citoyens qui « refusent le futur ». Mais l’erreur vient de lui, de son autisme, de son obstination maladive pour la perfection qui l’empêche jusqu’au final du film de comprendre que la clef de sa perte (il n’avait pas prévu la montée du yuan) était son incompréhension de la notion d’imperfection.

Cronenberg, dont la carrière avait pris un tournant radical avec SpiderA History of Violence, Les Promesses de l’Ombre et A Dangerous Method, signe ici son meilleur film depuis Crash. On lui reprochait récemment des atours auteuristes et potentiellement oscarisables, il fait ici preuve d’une vigueur et d’un jusqu’auboutisme qui nous prouvent qu’il faut toujours compter sur lui. Cosmopolis se trouve au croisement de ses premiers et de ses derniers films. Le mariage est réussi. La forme comme le fond en ressortent grandis. L’un de nos cinéastes préférés signe un film-somme, très baudrillardien, sorte d’aboutissement stylistique de sa carrière, et pourtant on ose espérer qu’il nous surprendra encore la prochaine fois, que ce soit avec ou sans Pattinson (mais avec, de préférence).

 Crédits photos: rottentomatoes

A Propos de l'Auteur

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Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


Un Trackback

  1. By Sélection cinéma – Cosmopolis | MyCityBlog on 31 mai 2012 at 12 h 54 min

    […] la critique du film sur Bamboin.com ! […]

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