De rouille et d’os

Genre : Drame.

Un film français de Jacques Audiard, avec Marion Cotillard, Matthias Schonaerts, Armand Verdure…

Note : 9/10

L’histoire : Ali rencontre Stéphanie à la suite d’une bagarre en boîte nuit. Celle-ci va vite perdre ses jambes après un accident, et leur destin va se reconstruire autour de cet évènement. 

Audiard fils. Principaux faits d’armes: Sur mes lèvres, De Battre mon cœur s’est arrêté, Un Prophète. Et désormais De rouille et d’os, éblouissant drame qui redonne foi en notre cinéma national. Des cinéastes français de la stature de celui-là, il n’en court pas les rues ces derniers temps (Kechiche, Emilio Siri, Bonello ou Hazanavicius sont peut-être les meilleurs qu’il nous reste). Raison de plus pour profiter de sa nouvelle pépite, beau film d’amour exempt de stéréotypes, autant qu’analyse vive d’une société d’innovation qui, pourtant, stagne voire régresse, ou en tout cas malmène durement ses citoyens.

Dans De rouille et d’os, le panorama d’une zone industrielle vampirise la nuit, les caméras servent à licencier, les grands parcs d’attraction hypnotisent des visiteurs sur fond de pop américaine, des jambes artificielles font un certain temps de Marion Cotillard un personnage mi-robot mi-humain et invitent à des visions quasi cronenbergiennes… Mais au-delà de cela subsiste justement l’humain, perdu dans cette zone industrielle ou au milieu de ces entrepôts, car, en quête de survie, contraint à s’enfoncer tête baissée dans ce système de contradictions. L’humain, encore, qui ne voit que la magie de la communion avec l’animal (alors qu’il est le centre d’une grande foire à la consommation), avant que la force de la nature le rappelle à l’ordre et le pousse à se questionner. L’humain, toujours, qui malgré l’artificialité d’une partie de son corps, reprend rapidement le dessus et apprend à aimer. Au milieu de tout ça, les coups de poings s’échangent violemment dans des combats de boxe arrangés, affrontements expéditifs des êtres perdus à la recherche d‘une vérité.

Déjà on lis sur internet les reproches d’une certaine froideur de la part d’Audiard, qui enferme cependant ses protagonistes dans une lutte pour la prise en main, qui passera forcément par des concessions, de leur destinée. Et puis il suffit de voir cette séquence éblouissante de Cotillard seule qui, assise chez elle après l’accident, se remémore son quotidien au Marineland en rejouant avec ses bras un spectacle d’orques. Tandis que la caméra épouse admirablement les mouvements de la Môme (qui n’en n’est décidément plus une), arrive en crescendo une chanson de Katty Perry qui fini de nous transporter dans la -déjà- fameuse scène par laquelle tout est arrivé. Par-dessus tout, le regard de Marion Cotillard tétanise.

Jamais l’actrice n’a été aussi bonne que dans ce film (Matthias Shoenaerts aussi est excellent), et on comprend vite l’entreprise de « démystification » que constitue le choix d’Audiard. En normalisant Cotillard, désormais icône internationale, il lui enlève deux heures durant le statut de star Hollywoodienne qu’elle avait acquis avec La Môme (un rôle très américain, quand on y pense) et qu’elle avait su préserver dans Public Enemies ou encore Inception. Avec De rouille et d’os, fini le glam, voici l’Actrice. Cheveux gras, scènes de nu… Une image qui ne colle pas vraiment à la tournure qu’a pris la carrière de celle qui sera bientôt à l’affiche du Dark Knight Rises de Nolan. Cela dit, un regret subsiste. Ce regret, c’est celui du recul que le spectateur prend sur les images des jambes amputées. Des trucages impressionnants qui nous font quelquefois sortir du film, tant on se demande comment ils ont étés réalisés.

On soulignera aussi un final qui laisse transparaître quelques grosses ficelles scénaristiques, ce qui n’enlève rien à la maestria de ces dernières minutes où la Nature refait surface dans sa toute puissance dévastatrice. Tour à tour représentée comme source de vie puis piège mortel, l’eau, comme tout autre élément, reste avant tout imprévisible. Les destins, eux, ne sont pas scellés.
Somptueux dans son éloge de la vie, d’une lucidité incomparable dans sa compréhension du monde… Admirable en tant que cadeau au Cinéma et aux Spectateurs.

Une Palme d’Or ? Pourquoi pas.

Crédits photos: parismatch.com et lexpress.fr (ici et )

A Propos de l'Auteur

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Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


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