Dark Shadows

Genre : Comédie, Fantastique, Soap.

Un film américain de Tim Burton, avec Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer …

Note : 7/10

L’histoire : Barnabas Collins, vampire enfermé pendant 200 ans dans un cercueil, se réveille en 1972 et décide de se venger de la sorcière qui l’ y a enfermé par jalousie.

C’est deux semaines après le décès de Jonathan Frid, interprète original de Barnabas Collins, que le cinéaste Tim Burton dégaine son adaptation de Dark Shadows, feuilleton télévisuel de plus de 1220 épisodes surtout connu aux Etats-Unis. Autant dire qu’on attendait de pied ferme le retour du réalisateur à la verve gothique, tendance Sleepy Hollow et Sweeney Todd.

La bande-annonce, présentée tardivement par la Warner, annonçait d’ailleurs plus une comédie déjantée à la Beetlejuice que la fresque attendue. D’où le scepticisme des fans du show créé par Dan Curtis en 1966. Il faut dire que la série, sorte de Feux de l’amour avec des vampires, ne brillait pas par ses qualités : mise en scène quasi-inexistante, interprétation improvisée, rythme soporifique, incidents techniques permanents … Voir Burton adjoindre une bonne couche de second degré à sa version cinématographique (la troisième à ce jour), avait finalement plutôt de quoi rassurer les cinéphiles souvent désespérés de voir le cinéaste enchaîner les projets, au mieux auto-référentiels, au pire impersonnels (excepté le sublime Sweeney Todd).

Dans cette tentative de vendre le film comme une comédie, ce qu’il n’est en fin de compte pas vraiment, on reconnaissait par dessus tout une méfiance du studio envers cet étrange conte dans lequel, pourtant, Burton traite les thèmes qui ont fait son succès : acceptation par la société de personnages en dehors de la norme, enfance troublée, amour sincère et immortel … L’homme, a qui l’on doit les chefs-d’œuvre Batman Returns et Ed Wood, applique à nouveau sa recette tout en la pimentant un peu avec l’arrivée, entre autres, de cette atmosphère bizarroïde de soap-opera et de scènes de sexe, qu’on avait jusque là jamais vu chez lui.

On pouvait à juste titre craindre ces dernières, puisque le cinéaste les évitaient auparavant maladivement, mais elles sont finalement l’une des plus grosses réussites de ce métrage néanmoins maladroit. Souvent déjantés, ces passages n’en diabolisent pas moins la sexualité et jamais Burton ne contredit ses précédents travaux (ce que faisait de manière éhontée Alice au Pays des Merveilles). La véritable romance du film est platonique, tandis que la relation conflictuelle Depp-Green est plus débridée, cette dernière rappelant par ailleurs la Lisa Marie de Mars Attacks !.

Si Dark Shadows n’est pas une réussite totale, c’est bien parce qu’il semble peu inspiré et un brin mécanique dans sa mise en scène. Les plans resserrés se succèdent, toujours à la recherche des grimaces habituelles (et désormais lassantes) de Johnny Depp, et Burton n’aère son récit de magnifiques tableaux gothiques qu’à de rares occasions. Le tout parait certes plus honnête que sa dernière réalisation Disneyienne, mais le sentiment de voir l’un de nos cinéastes préférés s’en remettre pleinement à son équipe est prégnant.

On notera alors des décors somptueux, une bande-originale du tonnerre, ou encore un sens aiguisé du maquillage et de la photographie.

Côté scénario, Seth Grahame-Smith, auteur des romans Pride and Prejudice and Zombies et Abraham Lincoln: Vampire Hunter, prend la relève du John August des années 2000 pour un résultat hésitant mais rafraîchissant. Hésitant car faible dans sa structure narrative et dans ses rebondissement marabout- bout de ficelle, rafraîchissant car suffisamment nouveau dans l’ univers de Burton pour emporter l’adhésion.

Soigné en bien des aspects (gros budget oblige), Dark Shadows n’en reste pas moins le cul entre deux chaises. Parodie ou adaptation sérieuse ? Le film ne choisit pas. Hommage au mythique nanar Dracula A.D. 1972 ? Si oui, pas vraiment assumé. Mais qu’importe, dans ses dernières minutes, le nouveau Burton assure un spectacle jouissif et en fin de compte assez pessimiste (il n’y a qu’à regarder le traitement qu’est réservé au petit garçon de la famille Collins, abandonné par son père).

On ne se rappellera certainement pas de ce long-métrage mineur dans une filmographie géniale, mais on le recommandera cependant à ceux qui veulent s’offrir leur petite dose vampirique mensuelle. D’autant plus que comparé aux Twilight, c’est vraiment de la bonne.

Crédits photos : allocine.fr, traileraddict.com et  i.telegraph.co.uk

A Propos de l'Auteur

FreedentWhite a publié 154 articles sur ce site.

Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


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