Les drapeaux de la discorde

Voilà un sujet qui a bouleversé la presse et les médias ces derniers jours : l’histoire des drapeaux de pays d’Afrique et du Maghreb, tout particulièrement, qui ont ornés la place de la Bastille le soir du « changement » tant attendu.

J’ai suivi (un peu contre mon gré, comme toujours quand un sujet est sulfureux) comme vous tout ce florilège de commentaires en tous genres et peut-être, comme beaucoup d’entre vous, je me suis demandé pourquoi ces drapeaux ont-ils fait leur apparition ce soir-là et à cette occasion.

On peut lire par-ci que ces signes lancés euphoriques étaient une forme de provocation au pouvoir qui les avaient tant stigmatisés (pas seulement les drapeaux) et en somme, une manière d’appeler à l’union de toutes les cultures et de toute la diversité qui compose la France pour une révolution commune. Sorti de son contexte, on ne peut pas vraiment reprocher un tel épanchement de solidarité et de fraternité nationale. Oui mais voilà, pourquoi un français d’origine maghrébine se sent-il obligé de revêtir la couleur nationale de son père, voire de son grand-père (ça marche aussi au féminin) pour se forger sa propre identité et revendiquer ses droits, qui n’ont finalement rien à voir avec ces pays en question ?

Comme toujours en France, on relance la grande mode du débat identitaire, comme ça fait vendre ! Pour peu que cela vous choque et vous êtes raciste, que cela choque et ça vous choque … Du pain béni pour les personnalités politiques en mal d’originalité et la presse en mal de nouvelles d’en haut (faudra sans doute s’y habituer les gars).

Bref, encore une raison pour pointer du doigt les quelques 9% d’immigrés qui vivent sur notre territoire et qui se passeraient sans doute d’une telle promotion. Car au fond, personne ne leur en veut, ce sont d’ailleurs rarement eux qui tiennent les drapeaux.

En soi, j’ai trouvé ça assez malheureux qu’on stigmatise une part aussi importante de la population pour quelques imbéciles, qui confondent l’élection présidentielle française avec celle d’un autre pays. Il faut bien comprendre qu’en échangeant les symboles, on manipule le message. L’union dans la diversité ne pourrait être confondue avec la diversité dans l’union.

Certains pourraient rêver en outre d’un pays alimenté d’un phénomène de communautarisme fort. Comme il peut en être l’expression aux Etats-Unis. Croire en une nation éparpillée qui ne se reconnaîtrait pas dans des valeurs universelles, mais dans des messages collectés, autant dans les mémoires que dans un imaginaire bien nourri.

D’autres, et je pense notamment à tous ceux qui croient en cette France « black, blanc, beur », peuvent penser que la France doit être mise en avant (et je n’hésite pas à le répéter). Qu’un soulèvement national et qu’une union solidaire doit se faire sous l’étendard de valeurs et de symboles qui unissent le peuple entier et non qui le divisent. Tu es né en France, tu es français un point c’est tout. Que ça te plaise ou non, mon coco, on va devoir s’en sortir tous ensemble !

En vérité, ce qui divise les français, ce n’est pas leur couleur de peau, c’est l’idéologie politique qu’ils se font de l’identité nationale, voire juste l’idéologie politique tant qu’à faire. Voilà, on touche au noyau dur.

En somme, le débat identitaire ne fait que commencer. Mon avis personnel veut que je trouve bien triste qu’on se paye le luxe d’un débat de ce style en période de trouble aussi nette.

Messieurs les journalistes et du gouvernement bientôt nommés, désolé, mais il va encore falloir plonger les mains dans le cambouis !

Crédits photos : rfi.fr, suisse.blog.ch

A Propos de l'Auteur

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« Je jette avec grâce mon feutre, Je fais lentement l'abandon; Du lourd manteau qui me calfeutre, Et je tire mon espadon; Elégant comme Céladon, Agile comme Scaramouche, Je vous préviens, cher Myrmidon » D’un poom je fais tchak, C’est au boom que j’attaque !


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