Encore un plan de relance européen ultra-libéral !

Dimanche 29 avril, l’union européenne a annoncé, par l’intermédiaire du journal El Païs, qu’elle préparerait un plan de relance et d’investissement à l’échelle européenne.

« Le projet vise à lancer des investissements pour une valeur de 200 milliards d’euros en infrastructures, énergies renouvelables et technologies de pointe (avec une participation privée). »

Depuis le temps que les principaux pays du sud de l’Europe exigeaient, en plus de la crise d’austérité, un plan commun de relance, il est heureux de voir qu’ils ont été enfin entendu, si tard soit-il !

Le problème avec le plan annoncé, c’est qu’il reste dans une dynamique ultralibérale et ne résout en aucun cas les problèmes de la dette et de la monnaie européenne. Pire, il risque de les aggraver.

Les propositions des deux candidats toujours en lice pour les présidentielles françaises sont d’ailleurs toutes deux à l’opposé de la logique utilisée par l’union européenne (encore trop germanisée ?) pour la construction de ce plan de relance.

Afin de bien comprendre ce dernier et ses divergences avec la vision des politiques français, je vous propose aujourd’hui de creuser un peu plus en profondeur la proposition de l’union européenne.

Créer une boîte à outils à l’Europe

La logique de ce plan de relance est de statuer sur un nombre restreint d’outils de croissance dans lesquels les états pourraient piocher, afin de choisir leur politique de relance. Le budget total alloué à cette boîte à outils serait de 200 milliards d’euros (soit 1,2% du PIB de l’Europe ; nous reviendrons sur son financement dans une prochaine partie). En fait, la majeure partie de ces 200 milliards est simplement l’addition des plans nationaux de relance, il n’y aurait donc pas de grand bouleversement idéologique quant à la centralisation au niveau européen des politiques d’investissement, juste une ligne directrice proposée aux états afin de mener leur politique de relance.

La « boîte à outils » proposée comprendrait les quatre points suivants.

Un soutien aux plus défavorisés

Un soutien aux chômeurs et aux ménages les plus pauvres. Cette mesure, qui pourrait prendre en France la forme des emplois d’avenir proposés par François Hollande, ou du redéploiement des budgets de formation vers les chômeurs proposé par Nicolas Sarkozy, serait, par nature, dirigée par les gouvernements des états et leur politique nationale.

Une nouvelle politique de grands travaux

Le financement de grands projets d’infrastructure, tels que les réseaux d’énergie et l’internet à bande large, est la seule véritable proposition fédéraliste, car elle inclurait une grande politique européenne d’investissement. Il s’agirait en fait d’un renforcement des moyens de la banque d’investissement européenne. Nous noterons tout de même, que les deux postes de dépense proposés dans cette catégorie sont tout deux des investissements sur la distribution (internet ou électrique) : aucun chantier symbolique, exportable à l’international ou de soutien aux entreprises innovantes européennes, ne sera donc lancé grâce à cette mesure. Lorsque l’on compare cette proposition aux nouveaux grattes-ciel qui ennobliront encore d’avantage, d’ici quelques années, « la plus belle ville du monde » qu’est Paris, on peut se dire que niveau investissement, le passage de la souveraineté nationale au fédéralisme européen est encore une très longue route.

(ci-contre, l’un des projets parisiens dont la construction devrait commencer en 2013)

Deux « nouvelles mesures » concernant la TVA

Les deux dernières mesures concernent la TVA. La troisième propose une baisse temporaire de la TVA dans tous les secteurs, afin de relancer la consommation des ménages et la dernière propose un abaissement des taxes sur le travail, par l’intermédiaire d’un taux réduit dans les secteurs à fort besoin de main d’œuvre (notamment restauration et coiffure). Comme toujours avec cette proposition, l’UE fait preuve d’un extrême libéralisme en proposant, par l’intermédiaire d’une baisse de la TVA, un abaissement des barrières douanières et donc, une compétition encore plus accrue avec les pays asiatiques. Nous remarquerons d’ailleurs, que pour se protéger du reste du monde (et par la même occasion, assainir quelque peu leurs finances), la plupart des états européens (France, Espagne, Grèce, Allemagne, Italie …) ont justement décidé du contraire, c’est-à-dire une augmentation de leur taux de TVA. Cette mesure est d’ailleurs toujours d’actualité, vu qu’elle est présente dans le programme de Nicolas Sarkozy (TVA antidélocalisation) et fut, sous des formes différentes, prônée par Manuel Valls et Arnaud Montebourg lors des primaires socialistes. Est-il utile de rajouter, afin de prouver encore un peu plus le détachement du parlement européen de son peuple, que la montée des partis nationalistes montre clairement que le peuple d’Europe a plus envie d’une Europe qui protège, que d’une Europe du tout libéral.

Quant à la dernière proposition, force est de constater que son application en France, sous la forme d’une TVA réduite pour la restauration, n’a pas engendré les effets escomptés sur l’emploi : on ne voit donc pas pourquoi les autres pays suivraient, en pleine crise, l’expérience fort infructueuse et coûteuse de la France.

Le financement du plan de relance

Marre de nos critiques ? Pauvre de vous, car le volet financement propose lui aussi sa dose de contradictions.

Les 200 milliards proposés seraient financés, d’une part par le Mécanisme Européen de Stabilité (à hauteur de 12 milliards) et directement par les pays membres de l’union.

Cette option marque, comme depuis le début de la crise, l’infléchissement de l’Allemagne quant à la politique de la banque européenne, ainsi que son entêtement à vouloir financer l’union par l’intermédiaire des marchés financiers, qui spéculent depuis des années sur la plupart des pays européens (et malheureusement pour l’Espagne, la Grèce, l’Italie, la Belgique et la France, pas encore sûr l’Allemagne). L’argent du plan de relance sera donc trouvé, soit par l’intermédiaire d’un endettement plus important des états, soit par l’endettement de l’Europe (ce qui revient plus ou moins au même). Et pas question d’entendre parler de dévaluation de l’euro, d’une banque centrale qui prêterait aux états, ou bien même de l’utilisation de la planche à billet (comme le font si bien les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou encore le Japon).

« J’imagine qu’on peut renforcer davantage les capacités de la Banque Européenne d’Investissement », voici la seule concession qu’aurait admise Mme Merkel selon le Leipziger Volkszeitung. Une concession bien maigre …

En marge de ces discussions, la commission européenne aurait aussi proposé la fin du cycle de Doha, afin d’ouvrir davantage le commerce mondial (encore de l’ultra-libéralisme !) et une baisse des taux de la banque centrale européenne. Cependant, il y a de faibles chances pour que cette proposition soit mise en application dans les prochains mois, vu la résolution toujours aussi forte de l’Allemagne de maintenir un euro fort.

Comme notre dernier article sur la PAC l’avait suggéré et la montée des partis nationalistes le prouve aujourd’hui, il devient urgent que les peuples d’Europe soient entendus dans l’Union, car une politique construite sans les peuples ne peut pas être durable et ne peut conduire qu’au renfermement.

J’ai beaucoup d’espoir envers les deux candidats français aux présidentielles pour faire enfin entendre le cri des nations d’Europe du Sud face au dictat libéraliste de Bruxelles et j’espère de tout mon cœur qu’ils ne décevront pas « le peuple d’Europe ».

Crédits photos : lefigaro.fr, leparisien.fr mais aussi ici et .

A Propos de l'Auteur

thibault linte a publié 87 articles sur ce site.

Passionné de cinéma et de politique, cet illustre souverain de la myrtille a décidé de quitter les plaines verdoyantes de son enfance, pour parcourir le monde à la recherche de la connaissance suprême. En attendant de la trouver, il vous livre ici ses pensées sur un monde qu’il aimerait tant révolutionner. Sinon, Thibault dénigre les bobos, bien que son livre de chevet soit Cioran près du catalogue IKEA.


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