On annonce Messi à l’En Avant Guingamp ! La crise en Espagne

Alors que je parcourais l’Humanité, en quête d’un peu d’information objective sur l’actualité politique française, je suis tombé sur cette brève concernant le nouveau record atteint par le chômage en Espagne : près de 25% de chômeurs à la fin du premier trimestre de cette année. Pays également sévèrement dégradé de deux crans par « Standard & Poors », de « A » à « BBB+ ». C’est daté du 27 avril. Comment en est-on arrivé là ? … en Espagne bien sûr.

Replaçons tout d’abord les choses dans leur contexte. Le 17 avril 2004, José Luis Rodríguez Zapatero est élu au suffrage universel président de l’Espagne, à la suite, d’une campagne folle, qui le donnait battu jusqu’à 3 jours de l’élection et des attentats de Madrid qui, selon de nombreux observateurs, ont pu faire pencher la balance et offrir « une victoire surprise au candidat socialiste ».

M. Zapatero a mené de grands projets sociaux durant ses deux mandats, tels que la régularisation massive des sans-papiers, le retrait des troupes engagées en Irak, une politique d’égalité et de protection des femmes et plus de laïcité dans les écoles publiques notamment. En 2007, avant les retombées de la crise, l’Espagne jouissait de conditions sociales et économiques flatteuses avec un PIB en augmentation de 3,6% et un taux de chômeurs de 8,3% de la population active, de quoi faire rougir la France en son temps.

Un an plus tard, la croissance passait sous les 1%, les comptes publics excédentaires devenaient négatifs et le chômage dépassait les 11%. 5 ans de plus et un nouveau président au pouvoir, suite à des élections anticipées, n’auront rien amélioré. Mariano Rajoy, éternel rival du Parti Populaire de droite, prend les rênes du pays le 20 décembre 2011.

Le feuilleton de cette escalade vers l’enfer a tout du drame social, tant la violence et l’ampleur du phénomène peuvent nous dépasser outres-Pyrénées. Où, inutile de le rappeler, la situation économique est sans aucune mesure à l’heure actuelle.

En 2009, face aux premiers signes de ralentissement de l’économie et comme dans la majeure partie des pays européens, l’Espagne décide de plusieurs mesures de relance, en même temps qu’elle soutient les banques et les caisses d’épargnes pour prévenir une éventuelle rupture du système. La relance proposée par l’Espagne comprend des aides à tous les contribuables par le biais de rabais fiscaux, des grands travaux d’infrastructure et des aides aux familles sous la forme de « chèque bébé » pour chaque nouveau-né.

En 2010, l’échec de la relance est d’autant plus cuisant que le chômage atteint les 20% de la population active ; les mesures de relance sont retirées et des plans d’austérité s’invitent à la table. L’agitation est telle, que des mesures portant sur l’assouplissement des conditions de licenciements sont votées par le gouvernement socialiste de l’époque.

Début 2011, l’âge légal de la retraite passe progressivement de 65 à 67 ans et dans un mouvement de désespoir et de ras-le-bol, le mouvement des « indignados » voit le jour, d’abord à Madrid puis dans toute l’Espagne.

Fin 2011, la droite au pouvoir passe des accords avec les socialistes pour faire entrer dans la constitution une « règle d’or » de bon sens, pour contraindre les futurs gouvernement à présenter chaque année des comptes équilibrés.

Alors qu’un quart de la population active est au chômage en Espagne à l’heure actuelle, la riposte du gouvernement ne s’est pas faite attendre par ce qui est décrit comme le plus « austère » des budgets présentés sous son ère démocratique. Ce qui n’empêche pas le pouvoir en place d’être optimiste et de certifier que les coupes colossales faites dans les dépenses de l’Etat ne sont pas de nature à nuire à la croissance économique.

Reconnaissons-le, le problème tel qu’il est posé est épineux, surtout dans la situation de crise sociale et économique dans laquelle se trouve l’Espagne. Néanmoins, avec des objectifs de réduction des déficits toujours au-dessous des attentes, le pays se devait de réagir, en essayant de préserver l’économie (gel des salaires des fonctionnaires, de la TVA et augmentation des retraites), surtout en coupant dans les dépenses et en espérant de nouvelles recettes. Pour cela les budgets des ministères ont été réduits de plus de 17% (de 80 à 66 milliards €), ainsi que l’aide à l’emploi (1,5 milliards). D’un autre côté, la charge fiscale des entreprises a été alourdie (5,35 milliards) et l’impôt sur le revenu réévalué (4,1 milliards) pour un gain total estimé à plus de 12 milliards d’euros.

Ces mesures, qualifiées d’austérité « intelligente » par le gouvernement espagnol suffiront-elles ? Marcheront-elles seulement ? Réponse dans quelques mois.

Sinon, alors qu’il y a un mois, le pays du sport empruntait à des taux deux fois moins importants qu’aujourd’hui, l’Etat a pressé les clubs de footballs nationaux de réduire à leur tour leurs déficits. Erreur de timing, ou pas, l’entraîneur du Barça, Pepe Guardiola, démissionne au même moment. L’image peut paraître gênante pour un pays qui a toujours gardé la tête haute contre tous les débats qui ont éclaboussés ses sportifs.

Enfin, cher lecteur, à l’heure des derniers jours de suspens, indécis ou pas, la question de la pertinence de la « relance économique » méritait d’être posée, tout comme l’austérité qui l’accompagne.

Au final, n’oublions pas une chose, on peut statuer de la seconde, mais jamais décréter la première.

Crédits photos : lefigaro.fr, fcb-videos.com et les-crises.fr

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« Je jette avec grâce mon feutre, Je fais lentement l'abandon; Du lourd manteau qui me calfeutre, Et je tire mon espadon; Elégant comme Céladon, Agile comme Scaramouche, Je vous préviens, cher Myrmidon » D’un poom je fais tchak, C’est au boom que j’attaque !


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