Présidentielles 2012 : résultats et analyse du premier tour.

Les résultats officiels sont enfin là et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils défraient depuis dimanche soir la chronique. Sans surprise, ce sont François Hollande, en tête avec 28,63% des voix, et Nicolas Sarkozy, attendu second avec 27,18%, qui se partageront l’affiche du second tour de cette présidentielle.

Néanmoins, les résultats des autres candidats inquiètent, intriguent et font parler d’eux, de telle sorte qu’émerge un nombre important de questions sur le second tour et sur la démocratie française plus généralement. Quels peuvent être les reports de voix pour Sarkozy ? La partie est-elle déjà jouée ? Quelles conclusions doit-on activement tirer du score de Marine Le Pen ? Comment cette dernière va-t-elle abattre ses cartes, clé du scrutin ? Autant de questions qui enflamment les foules sur toutes les plateformes médiatiques possibles. Mais est-ce vraiment l’enseignement que l’on doit tirer de ce premier tour ? Nous tenterons ici de répondre à quelques-unes de ces questions.

Quels peuvent être les reports de voix pour Sarkozy ?

Difficile de donner une estimation précise de ce que pourraient être les reports en faveur du président sortant, même les instituts de sondages semblent s’accorder sur le fait qu’il sera difficile pour Sarkozy de reprendre l’avantage sur Hollande. Difficile, mais pas impossible.

A gauche, on appelle clairement à « battre Sarkozy » comme le disait Mélenchon à l’annonce des résultats. Au centre et à droite, les têtes de file ne se prononcent pas clairement, mais le soulèvement antisarkozy habituel désormais résonne dans les rangs.

L’électorat de Marine Le Pen est désormais celui à séduire, de part et d’autre, pour les deux candidats. Et si Hollande pourrait bien grappiller quelques voix à Sarkozy sur ce terrain, c’est surtout l’abstention qui risque de ressortir gagnante de ce second tour.

On estime les reports de voix ainsi (selon un sondage Ipsos à la fermeture des bureaux de vote) : les électeurs de Marine Le Pen se reporteraient à 60% vers Nicolas Sarkozy, à hauteur de 18% pour François Hollande et choisiraient de s’abstenir pour 22% d’entre eux. Les électeurs du Modem se répartiraient, eux, en trois tiers à peu près égaux, un pour Hollande, un pour Sarkozy et un tiers d’abstentions. Les voix de Jean-Luc Mélenchon se reporteraient quant à elles majoritairement sur François Hollande, 86% et légèrement tout de même sur le président sortant, 11%.

Selon les instituts de sondages, les chiffres sont relativement variables, présentant de petits écarts sur les électorats de Bayrou et de Mélenchon. Néanmoins, ils sont bien plus imprécis sur les reports des voix de Marine Le Pen qui varient de 37 à 69% en faveur de Nicolas Sarkozy selon les instituts.

Mais, c’est l’abstention qu’il faudrait craindre sur ce second tour. Il se pourrait que 45% des électeurs de Mme Le Pen s’abstiennent et que ce chiffre tourne autour des 20% pour la plupart des autres candidats.

La partie est-elle déjà jouée ?

Sincèrement, je ne pense pas que la partie soit déjà jouée. Les reports sont difficiles à prédire et ne peuvent tenir compte des abstentionnistes de ce premier tour qui décideraient (malheureusement) de voter « utile » sur le second tour. C’est une question en suspens, qui peut varier avec la venue d’un évènement majeur à l’échelle nationale ou mondiale, ou même par un sursaut inattendu d’une partie des électeurs.

Quelles conclusions doit-on activement tirer du score de Marine Le Pen ?

Beaucoup s’alarme de la montée des extrêmes et notamment du score de Marine Le Pen, qui interroge jusqu’en Russie. Mais, rien ne justifie de se précipiter sur des conclusions hâtives, statuant que 18% des Français sont fascistes, comme il est impossible de soutenir que les 11% d’électeurs du Front de Gauche sont des communistes staliniens (tout aussi dangereux dans l’absolu que les soi-disant fascistes).

L’important vote en faveur de Le Pen exprime surtout un désarroi et beaucoup d’incompréhension, de la peur et un repli sur le passé pour des gens à qui l’on ne propose pas d’avenir (en même temps, sans débat d’idée, c’est assez compromis de présenter un avenir français commun et partager de tous). Bref, c’est un vote « pauvre con, pauvre mou », plus qu’un vote fasciste, rassurez-vous.

Analyse personnelle de Cruella

Un vote de crise, de ras-le-bol, un vote sanction, le désaveu de Sarkozy, nous dit-on. Moi j’y vois plutôt un vote à la gloire de l’antisarkozysme stupide et sans fondement, à la gloire de l’ancestral clivage gauche-droite, qui est le seul élément destructeur de notre démocratie et le désaveu de la raison, de la réflexion, de l’idée et presque même, de l’intelligence.

Ce que l’on peut retenir de ces mois de campagne et de ce premier tour de la présidentielle, c’est que les Français ont plébiscité la division et la haine, bien plus que le changement. Dans une volonté commune de ne pas ouvrir les yeux sur les bienfaits que pourrait avoir un gouvernement centriste, multi-idéaux (appelez-le comme bon vous semblera) et modéré au pouvoir, les Français ont clairement tranché en faveur du clivage et des extrêmes, en faveur de la stigmatisation des uns comme des autres. Et le premier constat qui ressort de ce premier tour est là : les Français sont divisés de tout bord et le jeu est à la stigmatisation, un jeu loin d’être uniquement sarkozyien comme le prétend le PS. Cette campagne 2012 a vu le retour désolant d’une partitocratie toujours plus forte, chacun défendant bêtement son bout de gras en tapant sur le voisin. Quand Mme Le Pen stigmatisait, à l’habitude de son parti, les musulmans, Arthaud, Poutou, Mélenchon et même Hollande s’en prenait fermement aux « riches ».

C’était aussi une campagne sans idées nouvelles et sans ou presque sans programmes, où candidats comme médias ont fait de l’antisarkozysme leur cheval de bataille, pour manipuler une foule fatiguée et dépassée par une crise rude et un contexte mondial effrayant ; une foule soucieuse de maintenir ses œillères sur la réalité d’aujourd’hui.

Mais cette campagne remet aussi en cause le fonctionnement global de la Vème République et de la démocratie française, qui s’essouffle et demande désormais au peuple de choisir quelqu’un comme on choisit Miss France et non un avenir pour le pays, ce même peuple qui avait d’ailleurs depuis longtemps perdu l’habitude d’un gouvernement actif, d’où peut-être son impopularité.

Sarkozy a déçu, c’est une réalité, mais les Français n’ont pris conscience de rien et donnent le bénéfice du doute à un changement de tête, pour une politique presque similaire, mais plus bancale, hasardeuse et strictement sans maîtrise. Un renouveau du « je ne sais pas où l’on va », qui inquiète au-delà des frontières, pour un nombre incalculable de raisons (peur de perdre la main, peur d’une Europe qui coule, affaiblie par une France qui tangue, …).

Hollande peut et visiblement doit gagner au vu des résultats de ce premier tour, mais on est en droit de se demander si tout le monde sait pertinemment ce qu’il fait et si l’on ne devrait pas, suite à cette campagne, s’inquiéter plutôt de l’absence d’idées, de débat et de raison de part et d’autre, au lieu de pinailler sur les quelques 18% de français qui ont plébiscité Mme Le Pen sur ce premier tour.

Le réveil attendu de la population française, n’est finalement pas du tout au rendez-vous.

Crédits photos (infographie par Bamboin) : LaDepêche.fr (ici, et ), 20minutes.fr (ici et ), Wikipédia, L’Alsace.fr, LaProvence.com, Slate.frRTL.fr et L’Humanité.fr.

A Propos de l'Auteur

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Un commentaire

  1. Posted 24 avril 2012 at 14 h 58 min | Permalink

    Bonne analyse de la situation politique actuelle en France.

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