Millésime du cinéma 2011 par FreedentWhite

Après Bluberryking, je propose à mon tour une liste des meilleurs films sortis en France en 2011. Et je dis bien en France, parce que sinon, Guilty of Romance serait très haut dans la liste.

1. Melancholia

Melancholia, œuvre d’un cinéaste qui remonte la pente après un Antichrist tout à fait décevant, est une sorte de film-symbole(s). Peur, mélancolie et ce qui en fait la distinction côtoient une imagerie de fin imminente du monde. Von Trier signe, dans le final de son chef-d’œuvre, le plan le plus impressionnant et le plus réussi de l’année. Cet uppercut terminal restera la synthèse de 2011 : une année de crainte, de perte de contrôle et de fiasco (comme une marche vers la mort). Le film est indispensable, beau, éprouvant.

2. Hugo Cabret

D’un attendu conte pour enfants, Scorsese tire une aventure éblouissante au cœur du cinéma (et SUR le cinéma). Didactique sans jamais être pompeux, Hugo Cabret émeut aux larmes lorsqu’il s’agit de montrer son vrai personnage principal, George Meliès, et passionne quand il s’attarde, un peu à la manière de Miyazaki dans son Ponyo sur la falaise, sur les divers rouages présents dans le décor. A ceci près que Scorsese aborde aussi les mécanismes du cinématographe d’antan et, génialement, les renouvelle. Ainsi, le surdécoupage (essentiel) de son « arrivée du train en gare » laisse songeur et rappelle qu’impressionner le spectateur contemporain n’est pas tâche aisée. La 3D est somptueuse, la B.O. est excellente, le casting est au diapason. Ce film est une merveille.

3. Drive

On pouvait jusque là reprocher à Refn le poids de la matrice kubrickienne sur ses créations. Le fait est qu’il vole désormais de ses propres ailes et tutoie enfin la grandeur de son maître. Prix de la mise en scène mérité à Cannes, Drive s’articule pourtant autour d’un scénario sans réelles surprises (mais pas déshonorant pour autant). Vrai film de metteur en scène (il y a, indiscutablement, une vision et une mainmise sur le projet), cette adaptation d’un roman de James Sallis nous révèle un Driver sublime, rendu attachant en toutes circonstances par le talent inégalable de Ryan Gosling. Comme si ça ne suffisait pas, la B.O. de ce futur classique est à tomber.

4. Black Swan

Black Swan trouve sa place au sein d’une série de films tous profondément inspirés des Chaussons Rouges  (le plus incontournable des chefs-d’œuvre du duo Powell/Pressburger), parmi lesquels se trouvent les évidents Phantom of the Paradise et Suspiria, auxquels il fait d’ailleurs aussi allusion. Du classique de 1948, le dernier Aronofosky retient l’univers de la danse (commun aux quatre films cités ici), la destinée tragique de l’héroïne, la diabolisation et iconisation de la figure de l’artiste, ou encore le thème du dévouement pour un Art (idée séduisante à priori, mais pathologique en l’occurrence). A cela, le réalisateur de The Wrestler ajoute une atmosphère polanskienne – la question du dédoublement de personnalité (avec ce que ça implique d’effets de miroirs), une figure maternelle possessive (la Mater de Suspiria) – et entreprend une actualisation, parfois maladroite mais passionnante, de tous ces points essentiels. Par exemple, pour le public contemporain, Black Swan est explicitement sexué et fait régulièrement allusion à l’usage de drogues (la scène de la boite de nuit est d’ailleurs prétexte à des expérimentations argentesques). Si le film est virtuose, c’est bien parce qu’il mixe toutes ces influences et thématiques et les synthétise sans trop de heurts.

5. The Tree of Life

A Cannes, il a remporté la Palme d’Or, et s’il n’est pas son meilleur film, le dernier Malick en est tout de même un grand, de film. Il suffit de voir la séquence des origines du monde, pour comprendre que le cinéaste nous propose quelque chose de différent. Pendant tout le métrage, il essaye de se défaire des techniques de mise en scène et de narration cinématographiques habituelles. En résulte une œuvre d’équilibriste, juste et touchante autant que magnifiquement photographiée. The Tree of Life pose des questions que tout le monde se pose et traite le thème de la vie comme s’il était une relecture expérimentale du Bambi de Disney.

6. Minuit à Paris

Un très beau film de Woody Allen, sur la nostalgie d’une époque que nous n’avons pas vécue. Le cinéaste questionne, toujours avec humour et tendresse, dans un scénario admirable, l’incapacité de l’individu de notre temps à se démarquer des fantômes du passé, qu’il estime insurpassables. Partagé entre la vision romantique d’un Paris d’antan et l’esprit terre à terre de sa fiancée, le personnage d’Owen Wilson (en mode Woody Allen bis) choisira une troisième voie. Un film qui donne envie de vivre et nous laisse avec un immense sourire.

7. L’Apollonide, souvenirs de la maison close

Dans ce film, nous voyons une prostituée défigurée pleurer des larmes de sperme, dans un plan absolument incroyable. Vibrant, dérangeant, rock’n roll … Le quotidien d’une troupe de marchandes d’amour dans une maison close, au début du siècle dernier. Bertrand Bonello est un grand cinéaste, qu’on se le dise.

8. Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

Alors, le Tintin de Spielberg, fidèle à Hergé ou pas ? Pas totalement. Ou plutôt, il donne l’impression de voir ce qu’il se passe entre les cases des planches de la BD. Fidèle à l’esprit, donc, le réalisateur d’E.T. transforme les aventures du reporter à la houppette en véritable Indy4. Le Secret de la Licorne est une merveille de mise en scène, d’humour, d’adaptation, de traversées de miroirs et de réflexion sur le cinéma. A voir en 3D.

9. Mission: Impossible – Protocole Fantôme

Brad Bird est un génie. Le géant de fer, Les Indestructibles, Ratatouille et maintenant MI4, certainement le meilleur film d’action depuis Une journée en enfer (1995, tout de même !). Si le scénario n’est pas toujours construit très astucieusement (la désagréable impression que les péripéties ne sont pas dans le bon ordre), le score de Giacchino et la maestria de Bird assurent le spectacle. Un divertissement démentiel, sorte de Pixar live, rappelant que face à un problème, il vaut mieux essayer de le résoudre à plusieurs que tout seul. En plus, le film s’amuse à détourner les codes du genre et Tom Cruise se donne à 400%. Incontournable, qu’on vous dit.

10. La Guerre est déclarée

Valérie Donzelli signe une très belle histoire, sans pathos. Jamais elle ne s’apitoie sur son sort (c’est une histoire vraie) lorsqu’elle parle de la maladie de son fils. Toujours elle présente les moments de vie, toujours elle fait de son film une force positive. Post-moderne dans sa façon de se référer au cinéma (on pense même parfois à un western, c’est dire), La guerre est déclarée est aussi une comédie musicale qui s’assume totalement comme telle (à mi-parcours, les acteurs se mettent à chanter). Passionnant.

D’autres films à ne pas louper, parmi les sorties de 2011 :

11. Happy Feet Two
12. The Artist
13. Blood Island (Bedevilled)
14. Polisse
15. Triangle / Habemus Papam

Crédits photos : Bamboin.com, filmosphere, golem13.fr, culturopoing.com, allocine.fr, redlandnow.com, screenrant.com et lexpress.fr

A Propos de l'Auteur

FreedentWhite a publié 154 articles sur ce site.

Depuis son plus jeune âge, FreedentWhite développe une passion sans bornes pour le Septième Art. Par dessus tout, il aime Powell, Pressburger, Argento, Malick, Burton et Jodorowsky. Si certains croient qu'il a une dent contre Luc Besson – tout particulièrement lui –, il dévore pourtant tous les types de cinéma ; qu'ils soient d'auteur ou de divertissement (ou les deux). Avant tout, il aime les bons films.


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