Doit-on rouvrir nos bordels ?

Le débat avait été relancé en 2010 par la députée Chantal Brunel. A l’époque, 59% des français se disaient favorables à cette mesure, les Verts en tête de liste avec près de 69%. Un an plus tard, le 8 février, une manifestation est menée à Nantes par des riverains confrontés à la prostitution de rue, qui demandent unanimement la réouverture des maisons closes. La question est difficile, le sujet tabou, voire un peu honteux et pourtant le débat mérite d’être ouvert. Quand mon ami BluberryKing s’alarme en plus d’une montée effrayante du puritanisme en France (ici), il devient clair que la question doit être posée. Et si il est facile de se positionner contre en invoquant un esclavagisme primaire derrière, il est plus difficile de s’affirmer pour. Pourquoi cependant devrions-nous commencer à considérer le pour avec attention ?

Rouvrir les maisons closes, ce serait avant tout redonner un cadre légal à la prostitution, remplaçant les «  macs », constamment liés à des trafics, par un tenancier ou une tenancière (après tout, l’histoire nous compte que les maisons de passe ont été durant des siècles tenues par des femmes) et fournissant un lieu sécurisé aux prostituées (et prostitués, ne soyons pas sexistes). En bref, plus de sécurité, la fin de la prostitution de rue et des souteneurs.

Cela impliquerait donc une reconnaissance du métier de prostitué(e), c’est-à-dire :

  • Les mêmes droits et devoirs que tous salariés lambda, incluant les congés, les pauses et la retraite, mais aussi l’obligation de payer impôts et cotisations.
  • Des contrôles de la part du ministère du travail comme dans toute entreprise.
  • La possibilité de défense pour les prostitué(e)s en saisissant un inspecteur du travail ou les prud’hommes.

Pour l’Etat ce serait plutôt bénéfique aussi : il prélèverait ses taxes en toute logique, à la fois sur les salariés, mais aussi sur les nouvelles entreprises fraichement créées.

On pourrait aussi invoquer un meilleur contrôle sanitaire sur ces pratiques, via le recensement de ces nouveaux salariés et leur accès simplifié à des visites médicales, tout comme à la médecine de travail, ce qui permettrait surement une meilleure maîtrise de la propagation des MST.

On le constate, le tout est de fournir un environnement plus sécurisé, de meilleures conditions de protection sanitaires, financières et juridiques pour lutter contre les violences.

Bien sûr, rien n’est parfait et cette solution n’est pas forcément non plus la panacée pour résoudre le problème. Surtout quand ce dernier implique une telle dimension morale, allant des basiques droits de l’homme aux considérations puritaines des Eglises.

Mais ne nous voilons pas la face : la prostitution ne disparaitra, de toutes façons, jamais et nulle part. Cela fait probablement partie des comportements humains, des vices qui constituent nos sociétés. L’idée donc de la formaliser se tient. N’est-il pas plus sain de faire de ce « métier du sexe » un choix (comme ses homologues de la pornographie) plutôt que de conserver l’environnement carcéral dans lequel il baigne aujourd’hui ?

L’idéal ne serait-il pas de la déculpabiliser plutôt que de l’enfermer dans le carcan du choquant ? Et vous, quel est votre avis sur la question ?

Crédits photos : TournezLesPages, LyonCapitale.fr et LeMonde.fr

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