Féminisme, un débat d’actualité ?

Comme vous le savez, nous célébrons aujourd’hui, comme tous les 8 mars et ce partout dans le monde, la Journée Internationale des Droits des Femmes, plus souvent appelée Journée de la Femme.

Cette journée a été pour la première fois célébrée le 28 février 1909, à la demande du « parti socialiste » américain de l’époque, sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis, où une grande manifestation nationale réclamait une égalité des droits, de meilleures conditions de travail et le droit de vote pour les femmes. Près d’un an plus tard, le 8 mars 1910, l’internationale socialiste réunie à Copenhague instaure une journée de la femme, pour défendre l’accord du droit de vote à la gente féminine. Le projet rencontre alors un large succès et est officialisé par les Nations Unies en 1977. Depuis ce jour, chaque pays organise à cette occasion de larges manifestations, faisant ainsi un bilan du chemin d’ores et déjà parcouru et de celui qu’il reste à parcourir. Analyse de la situation des femmes dans le monde, lutte contre les inégalités entre les sexes et amélioration des conditions de la femme sont au programme de cette journée.

Quel est donc cette année le bilan du combat féministe ? Où en sommes-nous, où allons-nous ? La légitimité de ce combat est-elle encore juste sur tous les sujets ? Comment se renouveler ?

Un premier bilan

Nous pouvons constater qu’un long chemin a déjà été parcouru, du moins en occident (en son sens courant : Europe, Amériques, Australie et Nouvelle-Zélande), vers une réduction des inégalités de genre toujours plus prononcée. On peut en effet citer, parmi d’autres exemples, l’accès des femmes à la même citoyenneté que les hommes, l’accord du droit de vote, le droit de disposer intégralement de leur corps (accès généralisé de la contraception, droit à l’avortement), la reconnaissance des femmes battues et la mise en place de protections et centres d’aide pour ces dernières (autrefois, il s’agissait d’une chose à régler en famille, dans laquelle la justice ne pouvait et ne devait interférer), …

Simplement, les féministes ne se contentent pas, à raison, de ces quelques avancées. Même si la situation des femmes en occident est tout à fait vivable de nos jours, contrairement à celle de certaines femmes de part le monde, le combat est loin d’être terminé. L’utopique égalité parfaite que les féministes cherchent à trouver (du moins la majorité d’entre elles, nous retirerons ici les quelques extrémistes qui réclament une inversion de la domination d’un sexe sur l’autre), nous en sommes encore bien loin.

Parmi les progrès à faire, on peut compter les combats en faveur de l’égalité salariale, de la fin des stéréotypes – enfermant les femmes dans un statut d’objet et notamment conduits par les médias –, de l’interdiction de la sexualisation des objets – favorisant les clichés, mais étant une position discutable –, de l’accès équitable des femmes aux positions de pouvoir et aux grandes institutions démocratiques, ou encore, en faveur de la protection des femmes violées – reconnaissant qu’aucun type d’attitude ne peut « favoriser » un viol.

Cependant, il est de plus en plus courant d’entendre des voix féministes, parfois réduites à des groupes de pensée indépendants du courant général, s’élever contre des détails à leurs yeux sexistes, mais sans grande influence pour la majorité de la population. Des requêtes visant par exemple, à retirer le « Mademoiselle » des formulaires administratifs (circulaire adoptée par Matignon le 22 février dernier), ou encore à modifier la règle de grammaire disant que « le masculin l’emporte sur le féminin », qui, selon ces féministes, conditionnerait avec force toutes les mentalités des enfants, les rendant imperméables aux désastreuses conditions des femmes en France. Des sujets jugés de sous-importance, parfois même stériles, mais sur lesquels il est simple de communiquer efficacement, montrant peut-être en sous-sol un mouvement qui tend, dans nos sociétés occidentales, à s’essouffler.

Une nécessité de renouveau

Loin de moi l’idée de dire que le combat féministe est en fin de vie, voire révolu, et qu’il n’a plus aucune légitimité, sur aucun des sujets qu’il défend. Non, le féminisme a raison d’être et se doit de poursuivre sa voie. Mais, un renouveau ne pourrait lui faire que le plus grand bien. Porté, notamment en France, par des associations de plus en radicales (ou radicalisées par les médias) et moralisatrices (Chiennes de Garde, Osez le Féminisme), le mouvement tend à se ridiculiser, rêvant d’une société presque asexuée, totalement aseptisée, lissant les différences qui font la beauté de ce monde.

Oui, hommes et femmes restent et resteront différents et de ce biais, inégaux. Et s’il est légitime et impératif de supprimer des inégalités de droits arbitraires entre les sexes (sur l’accès aux postes importants ou les écarts de salaire, par exemple), il est dangereux de vouloir décontaminer le langage sur la base d’un sexisme imaginaire, d’interdire les jouets pour petites filles ou petits garçons (ne serait-il pas plus simple d’autoriser un enfant à jouer avec les deux types de jouets, plutôt que de ne lui autoriser que des jouets neutres ?), et de cette manière, rendre la société plate et impersonnelle.

Nous devons nous méfier de cette moralisation à pas feutrés, visant à nier les différences de genre, à contrôler le contenu des programmes scolaires, de l’humour, des pratiques sexuelles, de la répartition des tâches domestiques au sein du couple …

La nécessité de renouveau se fait donc à la fois dans le public, sensible à la cause, mais aussi dans les revendications, afin d’établir un changement d’image nécessaire au mouvement.

Une nouvelle légitimité du combat à travers les hommes, nouveau public à conquérir.

Ce dont les féministes aurait bien besoin de nos jours, c’est de conquérir un public neuf, attaché à des combats de fond, portés véritablement sur une valeur d’égalité, et non pas portés, comme il est le cas actuellement, sur des demandes futiles et stériles de chieuses en puissance.

Il serait temps pour les féministes, et l’occasion en cette belle Journée de la Femme, de recentrer leur combat sur l’égalité. Et qui dit égalité dit combat à double sens. Ce sont désormais les hommes qui apporteront au combat féministe (du moins occidental) toute sa légitimité, effaçant les considérations purement moralisatrices, voire haineuses envers ces derniers.

Que devraient-être les nouveaux combats des féministes ? Les inégalités, les vraies, celles où les femmes ont moins de droits et de pouvoir que les hommes (parité en politique, violences faites aux femmes, …), mais aussi celles où les hommes voit leurs droits bafoués et ne sont pas protégés par la société, notamment sur la question des enfants (pas de possibilité d’avorter de sa paternité, obligation financière face un enfant non désiré, injustement imposé, accès à la garde des enfants quasi impossible quand voulue, …)

Le féminisme a donc encore beaucoup à faire et de beaux jours devant lui, mais ce n’est que d’une alliance entre femmes (féministes) raisonnables et hommes que le combat progressera, vers la construction d’une société plus juste et équitable. Rajoutons tout de même que le féminisme ne doit pas devenir, comme c’est le cas actuellement, un bras armé d’une idéologie moralisatrice, portant le fantasme stupide et dangereux d’une « communauté lisse de ses différences ».

Crédits photos : Wikipédia, LePost.fr, Têtue.net et TheStageDoor

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