Pauvre puritanisme

L’actualité de ces dernières semaines a été marquée par deux informations qui ont particulièrement retenu mon attention : la polémique autour des affiches des « Infidèles » [NDLR : avec Jean Dujardin] et la décision de la justice française de fermer un love shop à Paris, car il se situait à moins de 200 mètres d’un établissement scolaire.

On le voit au quotidien, le puritanisme monte en France et s’affirme comme un véritable phénomène de société. De plus en plus d’associations catholiques traditionnelles font entendre leurs opinions sur les « dérives sexuelles » de notre société de consommation, qui ne croit plus en rien et n’a plus de valeurs. C’est souvent le problème avec les tensions communautaires, quand une communauté commence à prendre plus de place dans une société, les autres tendent à faire de même. Ainsi, l’escalade de l’extrémisme communautaire naît et gangrène une société qui s’en passerait volontiers. Mais, je m’égare avec ces considérations trop sombres ; revenons à notre sujet initial : la montée du puritanisme en France.

Fin avril 2010, le rocker « engagé » Damien Saez sortait son (très bon) album J’accuse. Sur la pochette de cet album, une femme nue dans un caddie. Vous l’aurez compris, par cette image, le chanteur dénonce les liens entre le sexe et l’argent. Quelle bonne nouvelle pour les défenseurs de l’égalité homme/femme, un grand artiste vous soutien ! Malheureusement, lorsque l’on soutient une cause pour des raisons irrationnelles, on devient soi-même irrationnel. Un grand nombre d’associations féministes ont porté plainte contre l’affiche [NDLR : même image que sur la jaquette], jugée dégradante pour l’image des femmes, et son affichage a été interdit : un comble non ? Serge et « ses sucettes à l’anis » doit s’en retourner dans sa tombe : aujourd’hui, aucun de ses albums n’aurait pu sortir.

Début février 2012, les affiches des « Infidèles », présentant Jean Dujardin et Gilles Lelouche en plein adultère, sont retirées car jugées trop choquantes. Encore une avalanche de plaintes. Peut-on vraiment parler de liberté d’expression lorsqu’une œuvre est censurée alors même qu’elle ne porte pas atteinte à quelconque individu ?

Mais le fait divers, qui marqua pour moi l’entrée dans la nouvelle ère puritaine, est la décision du tribunal de Paris de fermer le love shop « 1969 curiosités désirable » à Paris. Le magasin n’a rien à voir avec un sex-shop : pas d’œuvres pornographiques, design recherché, aucun stimulateur de plaisir en vitrine … Bref, les propriétaires ont vraiment fait l’effort de respecter l’interprétation commune de la loi. Il se trouve cependant que deux associations catholiques, la confédération nationale des associations familiales catholiques et l’association CLER Amour et Famille (ce nom là fait déjà peur ! A quand le « Parti du thé » ?), ont décidé de poursuivre l’enseigne devant le tribunal correctionnel. Rien d’inédit jusque là. La suite cependant est beaucoup plus triste : le tribunal a statué que les vibromasseurs et autres canards en plastique étaient des objets pornographiques en soit et qu’il était donc illégal d’en vendre à moins de 200 mètres d’un établissement scolaire (plusieurs journalistes on fait le calcul, en respectant cette considération à la lettre, aucun établissement vendant du désir corporel ne devrait être installé à Paris). Le fait que la justice ait interprété la loi d’une manière beaucoup plus puritaine qu’à l’accoutumé reflète bien un changement de mentalité et le besoin d’une grande partie de la population française de se rassurer, en se réaffirmant dans des valeurs jugées comme traditionnelles.

Il nous parait important de rappeler ici que le libertinage n’est pas seulement un péché moderne révélateur d’une quelconque dégénérescence de la société. Les héros de la construction française que sont Voltaire, Diderot, François 1er ou même La Fontaine étaient eux-mêmes de sacrés larrons. D’ailleurs, est-il raisonnable d’enseigner aux élèves « Les Fleurs du Mal » de Baudelaire, alors que bien des poèmes de cette œuvre splendide traitent de péché de chair ?

Réveillez-vous « femmes avec le point levé », il est encore temps de contrer cette vague de puritanisme extrémiste et hypocrite ! Réveillez-vous hommes de liberté, n’attendez pas le moment où chacun devra être « culotte baissée » devant les irrationalités de quelques intolérants !

Contre l’obscurantisme, il est bon pour un peuple de se trouver quelques Victor Hugo. Espérons que l’histoire nous en trouvera un.

Sources : Legrandbazart.com (très bon site) et Lemonde.fr

Crédits photos : Legrandbazart.comLemonde.fr et Lyricis.fr (ici et ).

A Propos de l'Auteur

thibault linte a publié 87 articles sur ce site.

Passionné de cinéma et de politique, cet illustre souverain de la myrtille a décidé de quitter les plaines verdoyantes de son enfance, pour parcourir le monde à la recherche de la connaissance suprême. En attendant de la trouver, il vous livre ici ses pensées sur un monde qu’il aimerait tant révolutionner. Sinon, Thibault dénigre les bobos, bien que son livre de chevet soit Cioran près du catalogue IKEA.


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  1. By Doit-on rouvrir nos bordels ? | Bamboin.com on 10 mars 2012 at 8 h 24 min

    […] Quand mon ami BluberryKing s’alarme en plus d’une montée effrayante du puritanisme en France (ici), il devient clair que la question doit être posée. Et si il est facile de se positionner contre […]

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