La Réunion à feu et à sang

Vous n’avez pas pu le manquer. Depuis quelques semaines, la révolte des banlieues s’amplifie à La Réunion. Savez-vous seulement pourquoi ?

Les informations provenant de métropole (France continentale) sont souvent tronquées, si bien qu’il est impossible pour un métropolitain de vraiment connaître les raisons et les causes de l’indescriptible malaise des départements d’outre-mer [NDLR : tout le monde se souviendra des manifestations contre la vie chère qui ont asphyxiées les Antilles ces dernières années]. Bamboin.com, fort de l’expérience de nombre de ses chroniqueurs en terre réunionnaise, a décidé de vous présenter ici un tableau, qui se veut objectif, de la situation à La Réunion.

L’essence

→ Pourquoi donc cette désinformation ?

A cause de l’éternelle simplification de la réalité effectuée par les médias. En réalité, à la Réunion, le prix de l’essence est fixé par l’état pour un mois, comme cela se fait dans plusieurs pays européens (comme la Suisse par exemple), afin de protéger le consommateur des fluctuations permanentes de l’or noir. Le fait est que La Réunion est une île et qu’il est très facile de faire entendre ses revendications en bloquant l’économie, par le simple fait de couper la route menant au Port. A chaque renégociation du prix de l’essence, les routiers de l’île se servent de ce pouvoir afin de faire pression pour une baisse des prix (c’est sûrement l’une des raisons pour lesquelles le prix de l’essence est si bas à la Réunion). Cette attitude a lieu depuis des années à la Réunion et est complètement compréhensible. Les cheminots utilisent d’ailleurs cette même notion du « monopole de la compétence exclusive » en stoppant les trains et donc une partie de l’économie, afin d’acquérir des avantages auxquels aucune autre profession ne pourrait prétendre.

Le fond du problème est donc loin d’être là, malgré ce que l’opinion métropolitaine semble penser. Elle n’est d’ailleurs pas non plus dans l’idée de la vie chère ; principe qui est calculé d’un point de vue occidental, en prenant appui sur des modes de vie européens, ce qui est tout à fait illogique : pourquoi ne manger que des pâtes quand on a du riz ? Et des fraises alors que l’on a plein de litchis ?

Le chômage

Le vrai problème à La Réunion est le chômage. Comment une société avec 30% de sa population active sans emploi pourrait-elle ne pas ressentir de malaises ? D’autant plus que dans certains quartiers, ce taux peut dépasser les 80%.

Ce fléau est dû à deux causes majeures, qui semblent à première vue insurmontables. La première est l’explosion démographique de l’île, due à une transition démographique en décalage avec la métropole et à une immigration forte.

Malgré un taux de croissance du PIB d’environ 5% par an (soit 3 000 postes créés), l’économie réunionnaise n’arrive pas à proposer du travail aux quelques 9 000 nouveaux jeunes qui entrent sur le marché du travail tous les ans.

Sur le long terme, ce premier problème devrait se résoudre, d’une part car la transition démographique est en bonne voie et que le taux de remplissage de l’île commence à devenir critique, d’autre part car la départementalisation de Mayotte devrait à terme limiter le nombre d’immigrés comoriens, aujourd’hui principal flux d’immigration sur l’île.

L’abandon des îles

Le deuxième problème est, pour sa part, beaucoup plus préoccupant et prend sa source dans la vision des DOM par la république. Le fait est que la seule réelle source de revenu de ces îles est l’état français. Aucune économie viable n’a jamais été mise en place dans ces sociétés de services, qui vivent principalement de la répartition des dotations de l’état.

Le fait de vivre sous constante perfusion amène nombre de problèmes :

  • Lorsque l’état sur-providence n’a plus les moyens d’offrir ce luxe, toute une économie s’effondre.
  • L’assistanat décourage la création d’économies viables.
  • L’important chômage créé par ce système entraine d’inhumaines inégalités entre les salariés de l’état surpayés et une majorité de la population sans emploi décent.
  • Le développement de la culture de l’assistanat conduit les peuples à ne pas comprendre leur situation actuelle et à haïr une république qui les a fait vivre artificiellement durant des décennies.

Honte aux politiques d’outremer de la France parmi les âges, qui n’ont jamais voulues croire aux capacités de ces populations pleines de richesses.

Alors que l’état préférait investir dans des grands travaux, boostant virtuellement l’économie (route des tamarins, route du littoral), et dans des industries destructrices d’emploi (le tout canne à sucre), il aurait mieux valu penser à créer des débouchés aux produits locaux, afin de pouvoir garantir l’emploi de la population la mieux instruite de l’océan indien.

Voici quelques questionnements que nous lançons à tout hasard, espérant qu’un responsable politique les trouve et daigne nous répondre :

  • Pourquoi garder ce monopole des compagnies aériennes traditionnelles, qui, avec leurs prix incroyablement élevés, tuent le tourisme réunionnais, un tourisme pourtant fleurissant sur les îles voisines ?
  • Pourquoi toujours regarder vers l’Europe alors que la Réunion a la capacité matérielle et intellectuelle de s’élever en première puissance économique de l’océan indien ?
  • Pourquoi ne pas attribuer à ces territoires « offshore » des avantages fiscaux spéciaux, qui permettraient à des capitaux français, Indiens, Malgaches et autres d’investir sur l’île ? (Nous ne parlons pas ici d’avantages court-termistes, comme les avantages sur la construction de bâtiments neufs, mais plutôt d’avantages fiscaux sur l’investissement dans les technologies d’avenir, comme l’île Maurice le fait avec sa Cybercité).

Une bonne note quand même est à mettre a l’actif des politiques publiques : l’enseignement supérieur est d’année en année de meilleure qualité et sera sûrement appelé à devenir le véritable centre universitaire de l’océan indien dans les prochaines années. Espérons seulement que la plus peuplée des îles de France saura tirer profit de cette opportunité …

… vendredi 24 février, afin de calmer la rue, il a été décidé de redescendre le prix de l’essence de 8 centimes (par allègement des taxes), de geler ou de baisser les prix de 40 produits de consommation courante et de baisser les coûts de l’électricité. Encore une mesure d’assistanat qui ne fera rien, ni pour stopper l’inflation, ni pour réduire le chômage.

Pour finir sur un sourire, je prouve le parallèle avec les cités françaises assez amusant : on met un peu d’argent qui ne servira a rien, on fait semblant d’agir et au final on se dit « pourquoi se creuser la cervelle pour aider ces gens qui sont si loin de nous ? ».

P.S. profitez des photos, La Réunion n’en reste pas moins la plus belle île du monde 😉

Crédits photos : i974.fr, restaurantdelareunion.com, evaway.fr, tooticy.re, mes-vacances.ch, wikipedia.org et enfin 20 minutes.fr.

A Propos de l'Auteur

thibault linte a publié 87 articles sur ce site.

Passionné de cinéma et de politique, cet illustre souverain de la myrtille a décidé de quitter les plaines verdoyantes de son enfance, pour parcourir le monde à la recherche de la connaissance suprême. En attendant de la trouver, il vous livre ici ses pensées sur un monde qu’il aimerait tant révolutionner. Sinon, Thibault dénigre les bobos, bien que son livre de chevet soit Cioran près du catalogue IKEA.


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