Le cauchemar de la PAC

Cela fait plusieurs dizaines d’années que lorsque l’on parle agriculture, on parle Politique Agricole Commune. Cette politique agricole, qualifiée à ses débuts de véritable sauveur de l’économie rurale européenne, est aujourd’hui dénoncée par tous les agriculteurs, étranglés par les dettes et rongés par l’odeur de suicide flottant dans la profession.

Afin de vous permettre de comprendre quelque chose à ce débat, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de vous donner une petite explication de ce qu’est la PAC. Vous serez ainsi à-même de comprendre tout aussi bien, les revendications plus que justifiées des agriculteurs et la difficulté pour l’état de proposer une solution, afin de résoudre ce problème, qui plus qu’économique, est surtout grandement culturel.

La première politique agricole commune est mise en place en 1962. Le principe était de garantir aux agriculteurs le prix de vente de leurs produits, afin que leurs revenus ne soient pas mis en concurrence avec un marché extérieur « low cost », et de leur garantir un salaire plus ou moins stable.

Pour cela, la commission européenne fixait tous les ans les prix agricoles en vigueur dans l’union européenne. Ces prix étaient, en toute logique, supérieurs aux cours mondiaux.

Il faut comprendre que pour fixer les prix, l’UE devait aussi s’engager à racheter les produits non vendus, du simple fait qu’ils étaient plus cher que le marché mondial.

Cette politique a entrainé les évolutions suivantes :

  • Augmentation de la production et de la productivité des exploitations. Comme l’union garantissait de racheter les productions à un prix fixe, plus les agriculteurs produisaient, plus ils gagnaient d’argent. Cet effet pervers a entraîné un surinvestissement dans les exploitations et une culture de plus en plus intensive.
  • La surproduction créée sans réel besoin a coûté de plus en plus cher à l’Europe, qui devait racheter et stocker tout le surplus de marchandises, si bien que dans les années 90, elle se met à financer la jachère afin de limiter ses coûts de gestion des surplus alimentaires.
  • Les consommateurs européens deviennent mécontents de cette politique, qui leur fait payer cher des produits agricoles d’une qualité de plus en plus médiocre.
  • Les contribuables aussi sont mécontents de cette politique vicieuse, qui coûte de plus en plus cher à l’Europe.

Dans cette atmosphère d’extrême défiance envers la politique européenne, la PAC est renégociée en 2003. Elle est complètement repensée afin d’éviter les dérives qu’elle avait jadis connues. Ainsi, la nouvelle PAC est basée sur :

  • Une subvention annuelle à l’hectare pour chaque exploitation, donc plus aucun critère de productivité.
  • Un cahier des charges à respecter pour chaque exploitation (conditions d’élevage, d’exploitation, d’entretien de la campagne, …). Ceci oblige les exploitants à revoir leurs critères qualité.
  • La liberté des prix qui ne sont plus fixés par la commission, ce qui implique l’entrée des exploitants européens sur le marché mondial.

Cette nouvelle PAC, pourtant nécessaire aux vues de la sphère productive infernale qui se mettait en place, a été un véritable cauchemar pour les grandes nations agricoles européennes (au premier rang desquelles se trouve la France).

  • Les agriculteurs, qui avaient largement investi pour gagner en productivité, comme le suggérait la précédente PAC, se sont retrouvés avec d’énormes dettes et un équipement devenu inutile, du fait du véritable plongeon des prix de l’alimentaire.
  • Ces mêmes exploitants, déjà surendettés, se sont mis à devoir réinvestir afin de répondre aux nouvelles normes de qualité fixées par la PAC2.
  • La mise en concurrence avec les pays du sud, à faible coût de main d’œuvre, a d’un coup fait plonger les cours à un niveau indécent, comparé au coût de la vie en Europe.

Finalement, on se retrouve aujourd’hui en face d’une économie meurtrie d’avoir été encouragée, pendant des dizaines d’années et par les pouvoir publics, à une gestion irresponsable et utopique aux vues de la demande actuelle.

Le reproche à faire à l’union européenne aujourd’hui est de n’avoir pas assumé ses erreurs et d’avoir d’un coup lâché les agriculteurs, qu’elle avait poussés à fauter. La seule solution, qui semble aujourd’hui viable sur le long terme, serait d’aider l’agriculture lors de sa transition vers le durable et la qualité, sans toutefois retomber dans les méandres de la perfusion économique. Le problème est que, pour arriver à cette prise de responsabilité, les politiques français, dont tous s’accordent à dire que l’agriculture est un enjeu capital pour notre pays, devront avoir à négocier avec les nations faiblement agricoles, qui verraient d’un mauvais œil un énième plan de soutien à une économie qui a largement « profitée » des largesses de l’Europe depuis la création du marché commun.

Espérons donc qu’une solution viable sera trouvée l’année prochaine, lors de la renégociation de la Politique Agricole Commune, et que celle-ci ne débouchera pas sur la renationalisation de l’agriculture, ce qui serait un véritable coup d’arrêt pour l’Europe et ses rêves de fédéralisme.

Bref, quand toi aussi tu devras négocier une nouvelle PAC, n’oublies pas :

  1. Mieux vaut penser responsabilisation que dépendance, comme disait Churchill « la responsabilité est le prix à payer du succès ».
  2. Il faut toujours assumer ses erreurs.
  3. Il est un devoir de se battre jusqu’au bout pour les intérêts de sa population.
  4. Ce n’est pas parce que l’on est politique qu’il faut oublier les réalités de l’économie.
  5. Si le peuple veut de la qualité, alors essayons d’être les meilleurs en qualité et non de renégocier la productivité (ceci est un appel aux politiques qui réclament la remise en place de l’ancien et désastreux système).

Crédits photos : lafranceagricole.fr, developmentdurableruben, souss-annuaire.com et legrandjournal.com

A Propos de l'Auteur

thibault linte a publié 87 articles sur ce site.

Passionné de cinéma et de politique, cet illustre souverain de la myrtille a décidé de quitter les plaines verdoyantes de son enfance, pour parcourir le monde à la recherche de la connaissance suprême. En attendant de la trouver, il vous livre ici ses pensées sur un monde qu’il aimerait tant révolutionner. Sinon, Thibault dénigre les bobos, bien que son livre de chevet soit Cioran près du catalogue IKEA.


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  1. […] notre dernier article sur la PAC l’avait suggéré et la montée des partis nationalistes le prouve aujourd’hui, il devient […]

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