Montée des nationalismes : quelle réalité ?

A l’approche des présidentielles, le débat politique se fait de plus en plus pesant et tout le monde s’accorde sur la même note : la montée des nationalismes. Autrement dit, le grand danger que représente, pour nos contrées européennes, la victoire d’un parti d’extrême droite. C’est déjà bien difficile d’admettre que ces derniers aient, en Europe, un poids énorme – presque plus important que les partis centristes ou leurs homologues d’extrême gauche –, alors l’idée même que l’extrême droite puisse prendre le pouvoir en fait frémir plus d’un. Mais, vous le savez bien, entre ce que l’on entend et la réalité, il y a toujours un monde. Marine le Pen est-elle donc l’élément à craindre en matière de nationalisme ou un simple pion parmi les antis-europe ? Quelle est la réalité du nationalisme en Europe et quels pays représentent finalement un vrai danger pour la construction d’une Europe future encore plus solide et fédérale ?

Peut-être serait-il juste de démarrer par une courte définition de ce qu’est le nationalisme, comme on l’entend aujourd’hui et en quoi ce dernier est particulièrement associé à l’extrême droite. Pour faire simple, on pourrait définir le nationalisme comme l’idée d’être gouverné par des gens qui nous ressemblent. Cette idée, née de la révolution française, est tout d’abord associée à la démocratie. Ce n’est qu’au fil des siècles que cette dernière dérive, affublée d’un grand nombre d’idées et de pensées populistes. Aujourd’hui, le nationalisme en tant que théorie dénigre la démocratie en la qualifiant d’inefficiente et consacre la nécessité d’un vrai chef, sans s’embarrasser d’instances de représentation. C’est ce lien, entre un chef et son peuple, qui est aujourd’hui le socle des mouvements d’extrême droite, d’où l’association constante faite entre nationalisme et partis d’extrême droite.

Aujourd’hui, on peut réellement parler en Europe d’une montée des nationalismes, au vu des scores enregistrés ces dernières années par les partis d’extrême droite. En France, par exemple, on compte depuis les années 80 entre 4 et 5 millions d’électeurs au Front National, un électorat difficilement négligeable.

Mais cette montée des nationalismes est à relativiser. Les partis nationalistes sont, dans de nombreux pays européens, des partis de tradition, c’est-à-dire en lien direct avec l’histoire du pays. C’est par exemple le cas de la Ligue du Nord en Italie, ou encore dans les pays de l’ancien bloc de l’est où l’influence des partis de droite reste très forte.

Cependant, la situation est bien plus préoccupante dans les pays scandinaves, qui, jusqu’à une dizaine d’années, n’avaient pas de tradition du parti extrémiste. Mais pourquoi ?

En Scandinavie, la montée des partis d’extrême droite est peut-être la conséquence de systèmes politiques trop stables et trop lisses. En raison de leur absence de participation aux politiques d’appel aux migrants menées en Europe de l’Ouest (notamment en France et en Allemagne) et n’ayant aucun passé colonial, l’immigration dans les pays scandinaves est une chose récente. Les politiques d’immigration sont donc plus ouvertes, mais créent aussi, notamment en période de crise, d’énormes tensions. Surtout lorsque l’on sait que ce sont des pays ayant toujours eu un fort sentiment nationaliste. Ces pays enregistrent donc à ce titre une montée du sentiment xénophobe effrayante, qui force leurs partis politiques à se radicaliser et qui pourrait à l’avenir bloquer toute construction européenne.

Bien sûr, en Scandinavie comme ailleurs, la psychose islamophobe fait fureur dans les partis d’extrême droite. Mais, pour un groupe de pays où la population islamiste est plus que minoritaire et où l’on compte plus de 90% de chrétiens luthériens, on comprend vite que cette petite psychose mondiale n’est pas le cheval de bataille des extrêmes scandinaves.

Bien plus effrayant, c’est à un sentiment profondément anti-européen que nous avons à faire aujourd‘hui en Europe du Nord. Cette hostilité envers la construction européenne et ses acteurs (à commencer par la Commission) s’est révélée être une thématique essentielle du discours des partis d’extrême.

Et ce n’est pas l’actualité de l’an passé qui nous dira le contraire. Nous avons tous encore en mémoire le massacre de 2011 en Norvège, qui peut se résumer finalement à un « et hop, un bon coup dans les gauchos pro-europe et ouverture au monde » (sans aucunement vouloir dénoter l’horreur de cet évènement). Et si Mr. Breivik a été pour l’instant le seul à passer à l’acte, beaucoup de scandinaves n’en pensent pas moins.

On constate aussi ce sentiment dans de nombreux documentaires sur ces jolis pays, ainsi que dans la dernière série docu-fiction, « Borgen », proposée par Arte en ce moment même. Ce fameux sentiment nationaliste de sang et de race, qui exclut et conduit à la peur de l’étranger et à une intolérance très marquée.

La Scandinavie est-elle donc aujourd’hui la nouvelle terre des fascistes, racistes et autres spectaculaires nationalistes ? Probablement, même si les gouvernements des pays scandinaves font tout leur possible pour maintenir leur image de pays neutres, progressistes et accueillants, malgré un manque de moyens critique en matière de lutte contre l’extrémisme. Mais ne nous voilons pas la face, la réalité des nationalismes européens aujourd’hui est bien celle-ci. Les pays traditionnellement extrémistes se révèlent aujourd’hui être les plus progressistes et les moins dangereux, alors que ceux que l’on pensait inoffensifs se retrouvent en tête du classement des nations les plus « fascistes ». Du coup, notre Marine nationale fait bien pâle figure à coté.

De quoi nous faire frémir au regard de l’avenir de l’Europe, alors que cette dernière reste silencieuse face à ce véritable talon d’Achille quant à sa construction.

Crédits photos : Turquie-News, IrréductibleGauloise et Reflets de Norvège.

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Un commentaire

  1. Purplepoppy
    Posted 21 février 2012 at 9 h 32 min | Permalink

    Enfin un article de Cruella 😉

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