Contre l’élitisme des prépas à la française

Ce matin, comme tous les matins, j’ouvre Lemonde.fr et comme d’habitude, j’y retrouve un énième article vantant les classes préparatoires, les classes des espoirs de la France…

J’ai pensé qu’il était temps de remettre quelques choses au point et de faire un peu entendre la voix des « mauvais », étudiants hors classes prépa, comme le sous entend si bien nos grands journaux nationaux.

Tout d’abord, un peu d’histoire. Les classes préparatoires apparaissent à la révolution. L’idée était de former les citoyens les plus prometteurs afin qu’ils puissent prendre le relais dans les hautes fonctions, qui étaient jadis réservées à la noblesse. Les classes préparatoires scientifiques sont donc créées afin de préparer les concours d’entrée à l’école polytechnique. Plus tard, des classes littéraires sont ouvertes afin de préparer les concours d’entrée à l’école normale supérieure.

Cette volonté originelle d’offrir à chaque citoyen les moyens d’accéder aux plus hautes sphères de la nation de par leur travail est une idée admirable, en accord parfait avec les valeurs de notre République. Seulement, le temps a déformé, comme il le fait trop souvent, cette institution, et force est de constater que l’idéologie de la classe préparatoire doit aujourd’hui être remise en question et cela pour trois raisons principales.

L’inégalité

La première est l’inégalité qu’elle construit au sein de la société. Outre la vision d’élitisme que les classes préparatoires inspirent, l’investissement de l’état dans ces filières est outrageusement supérieur à l’investissement dans les universités, censé être les représentantes de la France, de la culture et de l’égalité des chances. Ainsi, alors que l’investissement moyen par étudiant en France est largement inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE (9280€ contre 10 655€[1]), le coût par étudiant d’une classe préparatoire est 50% supérieur à celui d’un étudiant lambda (14250€). Comment peut-on après cela parler d’égalité des chances ? Comment s’étonner d’avoir un système universitaire complètement défaillant ? Car le problème est bien là : l’investissement dans la filière préparatoire se fait au détriment de la voie universitaire, qui se retrouve dénigrée par la plupart des dirigeants français. Si bien qu’il devient aujourd’hui très difficile de trouver un emploi à la sortie d’une université, alors qu’il est si facile d’en trouver un à la sortie d’une école post-prépa.

L’international

Cette injustice nous mène à mon deuxième point de contestation : l’ouverture à l’international. Le système des classes préparatoire est une exclusivité française et aucun autre pays ne reconnaît ce système d’apprentissage. Une fois en relation avec l’étranger, le fait que les cadres français aient reçu une éducation complètement différente de leurs homologues étrangers crée un décalage pouvant devenir problématique pour l’économie du pays. Les français arrivent sur le marché de l’emploi avec beaucoup moins d’expérience professionnelle, dû au fait qu’ils ont passé 2 ans de plus dans un cadre complètement scolaire. Ce manque d’expérience leur donne aussi un niveau en langue inférieur : au lieu de prendre le temps de visiter nombre de pays, la classe préparatoire les oblige à se focaliser sur la connaissance théorique. Et enfin, l’état d’esprit des écoles préparatoire fait qu’ils arrivent sur le marché du travail l’air hautain et supérieur, ce qui est mauvais, autant pour leur entreprise qui en verra sont image ternie, que pour eux, qui rateront souvent une occasion d’apprendre par orgueil déplacé.

L’inventivité

Enfin, le refus des écoles préparatoires à se réinventer fait qu’elles s’éloignent de plus en plus de la réalité contemporaine. Alors que les besoins sont croissants en créativité et en réflexion (seules valeurs non délocalisables vers les pays émergents[2], les Allemands l’ont bien comprit), les classes préparatoires se concentrent sur l’accumulation de connaissance bête et méchante du cerveau gauche, si bien que la France se retrouve avec des têtes bien pleines, mais généralement assez mal faites.

Longue vie à la professionnalisation

La classe préparatoire ne doit plus être la seule voie considérée par les élites. En ignorant les systèmes éducatifs que le reste du monde ont adoptés avec succès et en se refermant sur elle-même, la France risque la double sanction du déclassement international et de l’arrêt complet d’un ascenseur social déjà mal en point au niveau national.

Je lance donc ici un appel à tous les énarques et autres polytechniciens, maudits chaque jour par les cadres d’entreprises, étant trop détachés des réalités du monde du travail.

Longue vie aux IUT, écoles post-bac et autres étoiles montantes de la nation. C’est dans ces institutions qu’il faudra maintenant chercher les espoirs de la France : des espoirs capables d’inventer, de communiquer et de régler les véritables problèmes qui se posent dans les entreprises au quotidien.

Thibault Linte

Crédits photos : Lemonde.fr (ici et )

A Propos de l'Auteur

thibault linte a publié 87 articles sur ce site.

Passionné de cinéma et de politique, cet illustre souverain de la myrtille a décidé de quitter les plaines verdoyantes de son enfance, pour parcourir le monde à la recherche de la connaissance suprême. En attendant de la trouver, il vous livre ici ses pensées sur un monde qu’il aimerait tant révolutionner. Sinon, Thibault dénigre les bobos, bien que son livre de chevet soit Cioran près du catalogue IKEA.


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