Universal doit mourir

Dans la vie, la règle est simple. Pour espérer escalader la fameuse « échelle sociale » et se retrouver au sommet (d’une entreprise, d’un pays, d’un parti politique …), il faut deux choses : du talent et du temps. Du talent par ses idées, ses compétences, son adaptabilité … et du temps, car on ne devient pas maître du monde en deux jours, n’en déplaise à notre ami Cortex !

Alors, en musique, on a longtemps réfléchi de la même manière. Un jeune groupe, tout beau tout frais, juste sorti du moule, se devait de prendre son courage à deux mains et de passer quelques années entre route et studio d’enregistrement, vivant de tout et de rien, avant de pouvoir accéder à une renommée nationale, voire internationale. Et il fallait du talent. Passez 3 ans à dormir à l’arrière d’une voiture sur une pile de matériel, vous n’atteindrez jamais le sommet si vous proposez au public de la soupe intersidérale.

Cette méthode a selon moi fait ses preuves. Grâce à ces techniques de « sélection », on a eu droit à des groupes comme AC/DC, Led Zeppelin, Motörhead, Rolling Stones et plein d’autres pour le seul univers du rock.

Et puis un jour, le monde a basculé du côté obscur de la machine musicale, créant de toute pièce un système propre et unique à cet art : la domination des labels et autres usines à argent facile. Ce système, vous le connaissez tous très bien, puisque vous le vivez au quotidien. Un groupe de marketers de la maison de disque réalise une étude auprès d’un panel de consommateurs. Il en ressort que le public souhaite une musique courte, entrainante, aux paroles simples et facilement chantables. Il veut aussi que cette chanson soit interprétée par une jeune femme aux courbes de rêves, se déhanchant de manière quasi vulgaire sur ses trois notes et demie, tout juste sorties d’un synthétiseur mal réglé.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Une « artiste » est propulsée en l’espace de quelques semaines dans le top 10, réalisant des concerts devant des dizaines de milliers de personnes, sans être passée par la case « salle des fêtes de Limonest » et empochant par la même occasion une coquette somme, qu’elle s’empressera de dépenser dans des produits de première nécessité bien sûr.

Jusque-là, vous me direz : où est le problème ? Le public a ce qu’il souhaitait, l’artiste est directement au sommet et la maison de disque peut faire des bénéfices lui permettant de promouvoir d’autres artistes. Système parfait n’est-ce pas ?

NON ! Pourquoi ? Parce que ce système prend l’eau. Tout d’abord, parlons de l’artiste. Etant propulsé de nulle part dans la sphère musicale internationale, cet artiste n’a aucune assise solide en dehors de son « rôle » au sein du label. Ce dernier n’étant pas là pour faire dans le social, il n’hésitera pas à se séparer de l’artiste prématurément, s’il n’est plus assez rentable. Celui-ci se retrouve alors à la rue, sans label et sans passé autre que les 6 mois magiques au sein de cette organisation.

La chute étant terrible, rares sont celles et ceux capables de remonter en selle afin de reconquérir cette fameuse échelle en partant du premier échelon … Si l’artiste était dénué de tout talent me direz-vous, ce n’est pas une grosse perte. Certes. Mais s’il s’agissait d’une personne extrêmement douée, limitée dans sa créativité par le label, nous venons peut-être de passer à côté du plus grand artiste de cette décennie.

Mais ce n’est pas tout … L’artiste en tant que tel a, comme vous le savez, des droits. Les fameux droits d’auteurs. Lors d’une signature sous ce type de label, également connus sous le nom de majors, l’artiste perd ses droits au profit de son nouveau patron … Celui-ci lui faisant miroiter la gloire, la fortune et l’absence de responsabilités autres que de jouer sa musique, l’artiste ne peut refuser ce marché en or et renonce à ce qu’il possède de plus cher : ses droits.

A quoi sert-il de garder ses droits me direz-vous ? Et bien tout simplement à être libre de faire ce que vous voulez de votre musique ! N’est-ce pas le minimum pour un musicien ? Un exemple connu est celui de Johnny Halliday, notre fierté nationale, qui avait souhaité réaliser un album de blues, une sorte de retour aux sources pour ce rocker d’origine … Résultat de cette proposition : refus du label et interdiction de composition/émission de cet album. Un artiste ne pouvant pas composer la musique qu’il souhaite ? Où allons-nous…

Si le temps et l’espace disponible sur cette page étaient infinis, je pense que je pourrais en écrire un roman … mais je m’arrêterais ici ne vous inquiétez pas, je ne fais que jeter un pavé dans une mare sans fond, à vous à présent de creuser davantage si le sujet vous intéresse !

Mais retenez une chose. La musique est un art et un art se doit d’être libre, d’être exprimé et non ligoté par une autorité supérieure. Quant au talent, il est le seul garant de la réussite professionnelle de 90% de notre société. Alors pourquoi laisser place dans ce microcosme musical à la facilité et la médiocrité ? Pourquoi se satisfaire de cela, l’encourager, au lieu de se battre pour recevoir ce que nous méritons et désirons tous : de la qualité.

A mort le court-termisme malsain de cette époque sombre et place à l’ascension longue et laborieuse de l’élite artistique, capable de nous ravir pendant un bon demi-siècle.

Mort à Universal et longue vie aux labels et artistes indépendants, véritable richesse de notre univers artistique.

Crédit photo : Reflets.info

A Propos de l'Auteur

Foiflard a publié 24 articles sur ce site.

Grâce à ma passion pour la musique rock (et ses dérivés), j’essayerai de vous faire découvrir de manière régulière des albums récents à fort potentiel, ou de vieux classiques à ne jamais oublier ! J’espère donner à chacun de vous l’envie de vous plonger un peu plus dans l’univers du rock’n’roll et de vous y accompagner du mieux que je peux !


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