Pour l’appropriation d’internet

Le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne. L’humanité n’imaginait pas alors qu’elle se lançait dans la guerre la plus meurtrière de son histoire. En 1945, quand tout fut terminé, les nations se mirent d’accord pour éviter tout conflit mondial dans les siècles à venir.

Jeudi 19 janvier 2012, 66 ans, 9 mois et douze jours après la fin de la seconde guerre mondiale, Anonymous lance l’opération « Blackout » pour se venger de la fermeture de Megaupload par la justice américaine. Les sites des gouvernements américain puis français sont piratés.

Vendredi 20 Janvier 2012, 01.net, notre référence à tous titre « La World War Web commence ».

Comment en est-on arrivé là ?

Cela fait maintenant quelques années que les tensions entre gouvernements et internautes s’intensifient. Les uns tentant de garder le contrôle sur une technologie qui les dépassent, les autres se battant pour préserver cette nouvelle liberté tout juste acquise. En France, après de longues hésitations, Hadopi marque la première offensive de l’état. Avec quelques années de recul, force est de constater que la loi a été un échec. Les américains, inspirés par la tentative française et poussés par le monde de l’édition (musicale, cinématographique et littéraire) ont à leur tour décidé de rentrer activement dans le conflit en sortant deux projets de loi (SOPA et PIPA) et en fermant ce lieu de culte des voleurs d’art qu’est Megaupload.

Je ne veux pas revenir ici, sur les faits et les raisons qui ont conduit les gouvernements à persévérer aussi loin dans leur erreur antidémocratique et improductive, mais il me semble indispensable, en tant que citoyen de France et de l’internet, de faire entendre ici mes revendications.

Premièrement, j’accuse les principaux médias de mon pays d’être aussi en retard que le gouvernement qu’ils critiquent tant, en ce qui concerne le monde du web. A l’annonce du tsunami Megaupload, Lemonde.fr et Marianne2.fr, ont prêté plus d’attention à la vie « mégalomane » du fondateur du site Kim Schmit (Kim Dotcom), qu’à l’action spectaculaire que lançait Anonymous sur la toile. En tant que lecteur de ces deux journaux d’ordinaire respectables, je me suis désolé de la critique de totale mauvaise foi lancée contre les bénéfices générés par le site internet : « Le site aurait généré 175 millions de dollars de recettes » « rien à voir avec une oeuvre de bienfaisance » selon Marianne2, alors que Lemonde.fr titrait « l mégalo qui dirigeait Megaupload » (ne pas oublier que Xavier Niel, fondateur de Free et actionnaire majoritaire du journal est la 8ème fortune de France avec pas mois de 3,7 milliards de dollars).

Deuxièmement j’accuse le gouvernement de soutenir une industrie de production artistique rentière et vieillissante, destinée à mourir de ne pas prendre le risque de se renouveler. Ainsi, en pleine crise de l’occident, la France préfère s’attacher à d’anciens modèles inapplicables et injustes socialement (redistribution des richesses dans le monde artistique), plutôt que de soutenir ce qui est entrain de devenir la principale économie du monde : internet.

Troisièmement, j’accuse l’ensemble des intellectuels de ce pays qui défendent la loi sur la protection intellectuelle sur internet. Il suffit de regarder le budget des films de cette année et le salaire de nos chanteurs sans talents, pour se rendre compte que le divertissement culturel n’est pas en voie de disparition dans notre pays. Plus que cela, la toile offre à un grand nombre d’artistes la possibilité de s’exprimer au monde entier, sans passer par ces labels qui enferment l’esprit artistique qui sommeille en chacun de nous. On peut d’ailleurs souligner la qualité des différents artistes repérés ces dernières années sur le web. L’industrie du divertissement n’est donc pas en danger et nous nous en félicitons d’autant plus que les films « d’auteurs » à petit budget sont assez difficile à trouver sur internet et qu’ils pâtissent donc peu de cette nouvelle concurrence.

Enfin, je pense que culture et internet sont des piliers indispensables dans une économie moderne et qu’il est impensable de les reléguer au second plan.

Que la France retrouve son positivisme et se batte là où elle en a les moyens. Qu’elle devienne terre d’accueil des immigrés de l’internet. Quelle redevienne terre des droits et des libertés. Que dans quelques années le monde puisse prendre exemple sur elle, comme jadis on s’est inspiré de nos pères pour redonner aux peuples d’Europe leur souveraineté.

Enfin, dupliquant Zola en un sanglot :

« Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. »

Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme.

J’attends.

Bref ! Quand un jour tu seras président, n’oublie pas :

  1. Crée un ministère de l’internet, pour ne pas laisser la France perdre ses commerces après avoir perdu ses industries.
  2. Instaure une redevance internet (telle que la redevance audiovisuelle) pour aider les jeunes artistes à produire du travail de qualité.
  3. Ne soutiens pas une industrie qui n’a aucun avenir ou qui ne veux pas s’en construire un.
  4. Crois aux inventions de ton temps (le royaume du Gondor se mourrait de souverains qui passaient plus de temps à pleurer leurs ancêtres qu’à honorer leurs fils).

Crédits photos : toutelavertite.org

A Propos de l'Auteur

thibault linte a publié 87 articles sur ce site.

Passionné de cinéma et de politique, cet illustre souverain de la myrtille a décidé de quitter les plaines verdoyantes de son enfance, pour parcourir le monde à la recherche de la connaissance suprême. En attendant de la trouver, il vous livre ici ses pensées sur un monde qu’il aimerait tant révolutionner. Sinon, Thibault dénigre les bobos, bien que son livre de chevet soit Cioran près du catalogue IKEA.


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