Pourquoi les humanistes ne voterons pas Sarkozy ?

Le manque d’attachement aux valeurs traditionnelles a toujours été l’un des principaux reproches fait à Monsieur notre président. Sans s’attarder sur le traditionnel Foucquet’s ou sur les cadeaux fiscaux faits aux grands de ce pays pour d’obscures raisons, le manque d’ancrage dans un certain nombre de valeurs traditionnelles apparaît aujourd’hui aussi bien dangereux pour la nation que pour la pérennité de l’unité française.

Voyons aujourd’hui deux domaines qui mettent en évidence cette menace :

1. Un discours humiliant pour la France

Je veux parler ici des chocs à répétitions provoqués sur les défenseurs des valeurs françaises par certains discours de notre président. En chef de file, le célèbre « la réussite c’est l’argent », qui restera l’image la plus marquante d’un dirigeant qui perd ses concitoyens dans des valeurs futiles et temporaires.

Oui, l’argent est important dans une certaine mesure. Il est important lorsque l’on en a besoin pour vivre, pour éduquer ses enfants, pour s’offrir de quoi se distraire après une bonne journée de travail. Mais l’accumulation de richesses ne serait en aucun cas être considérée comme un modèle de réussite à part entière.

Dans son livre Effondrement, où il étudie la chute de grandes civilisations, Jared Diamond montre qu’un trop grand nombre de sociétés ont disparues après s’être perdues dans leurs propres valeurs, au point que celles-ci sont devenues dangereuses pour cette même société. Construire un modèle sur la seule réussite financière est pour moi une valeur de cette nature, d’autant plus qu’elle est la parfaite antithèse de la France que j’aime, celle qui travaille pour vivre mais qui ne vit pas pour travailler. Il y a tant de bons moments à partager en ce monde …

Rire souvent et beaucoup, mériter le succès des gens intelligents et l’affection des enfants, gagner l’estime des critiques honnêtes et endurer les trahisons de ceux qui ne sont pas de vrais amis, apprécier la beauté, trouver ce qu’il y a de mieux dans les autres, laisser derrière soi un monde un peu meilleur pour un bel enfant, un jardin fleuri ou une condition sociale moins dure, savoir qu’une vie seulement a respiré plus facilement grâce à vous, voilà ce qu’est la réussite.

Ralph Waldo Emerson

Il serait bien que chaque citoyen pense à cette petite phrase avant de voter en mai prochain.

2. Des réformes, … des réformes ???

Ah, ce très cher changement, on l’aime tant. Sauf que « une fois ça va, plusieurs, bonjour les dégâts ». Je lance ici solennellement un appel : si quelqu’un a comprit la logique des réformes de ce dernier quinquennat, qu’il se fasse connaître !

Pour qu’il y ait construction de l’avenir, il faut créer une société logique basée sur des principes non contradictoires. Or, au cours de ces dernières années, je n’ai eu de cesse de chercher les liens logiques entre les actions du gouvernement et le seul point commun que j’ai réussi à trouver est la nécessité (électorale ou structurelle).

Pourquoi, par exemple, tenter de contourner les 35 heures à l’aide de l’exonération fiscales des heures supplémentaires (donc payés indirectement par les impôts) lorsque l’on critique (et à juste titre) que l’erreur des 35 heures était d’avoir pensé 35 heures payées 39 au lieu d’une idée plus socialiste de partage qui aurait été : la répartition du temps de travail actuel à l’ensemble de la
population, soit : 35 heures payées 35.

Finalement, le gouvernement actuel ne nous a pas proposé bien mieux avec son « travailler plus pour gagner plus » qui pourrait être traduit par : « à la place de 35 heures payées 39, vous pourrez travailler 37 payées 41 ». C’est cela lutter contre le chômage ? Contre les déficits ? Pour la compétitivité de la France ?

Cela fait voter à droite, c’est déjà cela de prit.

Pour mon deuxième exemple d’incohérence, j’hésite…

La réforme des retraites qui a fait beaucoup de bruit pour ne finalement presque rien changer, alors même qu’à la fin, la population avait comprit qu’il fallait faire quelques efforts ?

La suppression du bouclier fiscal, couplé avec l’abaissement de l’ISF, histoire que ni riches, ni les pauvres, ni même les finances de l’état n’y trouvent leur compte ?

Ou bien la réforme de l’enseignement supérieur qui, comme depuis quelques dizaines d’années, vient mais finalement ne vient pas ?

Ah, c’est dur de choisir. Bon et bien ne choisissons pas et parlons de la Suède, très beau pays où la balance commerciale positive existe toujours. Ce pays a en outre l’incroyable capacité d’avoir, à la fois une pression fiscale autrement plus élevée que la France et des entreprises prospères qui délocalisent peu. Mais ce n’est pas tout. Ici on part à la retraite plus tard, ce qui est bien pour les finances de l’état, mais, on a aussi un contrat social réfléchi qui permet au peuple d’accepter ces contraintes.

Allez, un exemple au hasard.

En Suède, il n’y a que de l’enseignement supérieur gratuit et donc, pas d’élitisme financier quant à l’accession aux grandes écoles. Tout cela, sans altération, aucune, de la qualité de l’enseignement (pourquoi faudrait il payer pour ne pas avoir à suivre ses cours dans un amphi de 500 personnes, devant un vidéoprojecteur, qui retransmet un cours dispensé dans une autre salle, elle aussi pleine à craquer).

Vous l’aurez comprit, dans cet exemple, on voit apparaître d’un côté le « changement français » : deux réformes incomprises et finalement bâclées, tant et si bien qu’elles ne changement finalement pas grand-chose (l’université reste un véritable zoo et les retraites seront à repenser dans quelques années). De l’autre, un modèle pensé sur le long terme, selon le contrat social du pays : des citoyens éduqués dans de bonnes conditions, sans distinction de richesse (ou moins) et prêts à sacrifier quelques années de travail pour la sauvegarde de ce modèle efficace et juste.

Tant que l’on est sur les pays nordiques (NDLR : à très forte TVA), j’en profite pour lancer un petit appel à notre gouvernement. Il serait triste de faire marche arrière sur la TVA sociale comme il en a été de toutes les réformes entreprises jusqu’ici. Pour une fois qu’une idée visant à améliorer l’attractivité de la France est lancée et qu’elle ne bénéficie pas qu’aux plus aisés, il ne faut pas hésiter, lançons nous.

Bref ! Quand un jour toi aussi tu seras président, n’oublie pas :

  1. Il est important de ne pas opposer deux Frances dos à dos.
  2. Il faut avoir un tant soit peu de valeurs
  3. Il faut aller jusqu’au bout de ses idées
  4. Et bien sur, ne pas oublier le contrat social de son pays, élaboré par la sagesse des millénaires
Crédits photos : The Guardian et Profencampagne.com

A Propos de l'Auteur

thibault linte a publié 87 articles sur ce site.

Passionné de cinéma et de politique, cet illustre souverain de la myrtille a décidé de quitter les plaines verdoyantes de son enfance, pour parcourir le monde à la recherche de la connaissance suprême. En attendant de la trouver, il vous livre ici ses pensées sur un monde qu’il aimerait tant révolutionner. Sinon, Thibault dénigre les bobos, bien que son livre de chevet soit Cioran près du catalogue IKEA.


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